Desbois_Salomé

Jules Desbois (Parçay-les-Pins, 1851 - Paris, 1935)
Salomé, vers 1912
Terre cuite, 44,8 x 24,3 x 10,3 cm
Don de la Galerie Paul Vallotton, 1954
Inv. 181
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Au début de sa carrière, Desbois s'empare de sujets antiques. En 1875, c'est un Orphée qui est présenté au Salon, médaillé et acheté par l'État français. Sujet et pose sont convenus, mais l’élégance de la figure et les qualités plastiques indéniables de la sculpture font remarquer le jeune artiste. À partir du milieu des années 1880, sous l'influence d’Auguste Rodin dont il est l'un des praticiens, Desbois manifeste une volonté de se libérer de la tradition, ceci dans le traitement plus que dans les sujets qui, eux, demeurent conventionnels. Cette liberté nouvelle s'exprime surtout dans le domaine des arts décoratifs, avec la production de statuettes, telle cette Salomé.

Desbois traduit ici la séduction teintée de perversité de Salomé, figure biblique qui connaît une vogue sans précédent dans les arts du tournant du XIXe siècle, en littérature de Gustave Flaubert à Oscar Wilde, en musique de Jules Massenet à Richard Strauss, en peinture avec Gustave Moreau. Lors d'un festin, la princesse juive danse pour Hérode et exige qu’on lui apporte la tête de Jean-Baptiste sur un plat. Desbois traduit la cruauté du récit par la violence de la danse et par la brutalité du mouvement. L’appel au désir mâle est tempéré par les cuisses serrées dans le vêtement et la base étroite qui fragilisent l'équilibre de la figure. L’œuvre est nimbée d'élégance : l'antiquité n'est jamais loin, les plis du tissu rappelant le drapé mouillé des pièces archéologiques ; le maniérisme non plus, dans l’élan vrillé qui évoque la sculpture d’un Giambologna.

Desbois reprendra cette torsion dans plusieurs statuettes féminines drapées ou dénudées aux accents Art Nouveau : des Phryné et des Sapho à la sensualité affirmée, caractéristique de l'esthétique du début du XXe siècle. Un autre exemplaire de cette sculpture est conservé au musée d’Orsay à Paris.

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Bibliographie

Edwige Métivier (dir.)

Desbois Danse : 1892-1912

cat. exp. Parçay-les-Pins, Musée Jules Desbois, 2011.

Anne Pingeot, Antoinette Le Normand-Romain

Catalogue sommaire illustré des sculptures, Musée d’Orsay

Paris, RMN, 1986.

Véronique Wiesinger

«Jules Desbois (1851-1935), sculpteur de talent ou imitateur de Rodin ?»

Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art Français, 1985.