Lévy-Dhurmer_Le génie de Ludwig van Beethoven

Lucien Lévy-Dhurmer (Alger, 1865 - Le Vésinet, 1953)
Le génie de Ludwig van Beethoven, vers 1906 - 1910
Pastel sur papier, 25 x 19 cm
Acquisition, 2014
Inv. 2014-185
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Dès les cérémonies organisées pour ses funérailles en 1827, Beethoven est adulé à l’égal d’un dieu. Pour les Romantiques, son extraordinaire fécondité symbolise l’inspiration poétique. L’isolement auquel l’a réduit sa surdité incarne la solitude de la création. Le compositeur est montré tel Prométhée dans la violence de ses luttes intérieures, ou tel Jupiter trônant au sommet de l’empyrée. Au tournant du XIXe siècle, son héroïsation s’amplifie et s’internationalise. Les monuments dédiés à son culte se multiplient après celui érigé à Bonn en 1845, tantôt réalisés, comme celui de Vienne en 1880, tantôt rêvés, comme le Temple de Beethoven de Fidus en 1903. Le phénomène atteint un pic lors de l’exposition Beethoven de 1902 à la Sécession de Vienne, avec la présentation de la Frise de Gustav Klimt et du Monument de Max Klinger.

Une approche plus intimiste, concentrée sur la représentation du visage de Beethoven est explorée aussi. Elle s’inspire du moulage exécuté par Franz Klein du vivant du compositeur, et de ses masques mortuaires. Naoum Aronson et Antoine Bourdelle, héritiers de Rodin, traquent le pathos et la fougue dans la chevelure tourbillonnante et les traits torturés. Rien de tel chez le symboliste Lévy-Dhurmer qui, dans ce pastel puissant, traité dans un camaïeu de bleus et de verts rehaussés de blanc, fait émerger de l’obscurité une face sereine et irradiante. Couronné de lauriers pour cette apothéose, les yeux clos sur un monde dont l’immensité est laissée à l’imagination, le génie musical universellement adoré de Beethoven flotte dans le silence éternel du cosmos.

Auteur de nombreuses transpositions picturales d’après des partitions musicales, peintre des états de l’âme, Lévy-Dhurmer a éprouvé une véritable fascination pour Beethoven auquel il a consacré plusieurs œuvres dont, à la même époque, le grand triptyque de l’Hymne à la joie (vers 1906, Paris, Musée du Petit Palais).

Revenir à la liste

Bibliographie

Jean-David Jumeau-Lafond

Les Peintres de l'âme. Le Symbolisme idéaliste en France

Snoeck-Ducaju & Zoon, Gand, Pandora, Anvers, Paris Musées, 1999.

Fariba Joubine Alai

Beethoven glorified in Statues

Londres, Homa Publishers Limited, 2000.

Rainer Cadenbach

Mythos Beethoven : Ausstellungskatalog

 Laaber, Laaber Verlag, 1986.