Manguin_Nature morte au plat de fruits

Henri Manguin (Paris, 1874 - Saint-Tropez, 1949)
Nature morte au plat de fruits, 1917
Huile sur toile, 50 x 61 cm
Legs Henri-Auguste Widmer, 1936
Inv. 365
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

À dix-huit ans, Manguin rencontre Albert Marquet et Henri Matisse avec lesquels il se lie d’amitié et qu’il retrouvera à l’École des beaux-arts. Ensemble, mais aussi avec Charles Camoin, Maurice de Vlaminck, André Derain et d’autres artistes, ils sont les «Fauves» de la Salle VII du Salon d’Automne de 1905, ainsi baptisés par le critique Louis Vauxcelles tant leurs couleurs semblent rugir.

Matisse est un des premiers à souligner le sens inné de l’équilibre, de l’harmonie et de la couleur de Manguin. Pour Apollinaire, ce talent s’exprime surtout dans ses natures mortes : «l’instinct du coloriste qu’est M. Manguin s[‘y] révèle tout entier sans être gêné.» C’est de tous ces dons que témoigne ce tableau. Sur une table couverte d’une nappe à carreaux rouges et blancs – qui n’est pas sans rappeler celle de certains tableaux de Pierre Bonnard –, le peintre dispose un plat de faïence blanche débordant de fruits, pêches, poires et raisins. Le rouge-orangé et les verts dominent, caractéristiques de sa palette. Ils sont utilisés avec une audace et une liberté qui disent sa fidélité au fauvisme. La matière picturale est riche et le pinceau d’une grande vitalité. Un sens de la composition, de la répartition équilibrée des formes fermement cernées, et l’arrière-plan où les formes géométrisées et sommairement esquissées créent les coordonnées d’un nouvel espace, évoquent Cézanne, découvert par Manguin dès la rétrospective de 1895 chez Ambroise Vollard et qu’il visitera à Aix-en-Provence.

Ami de Félix Vallotton, Manguin s’établit à Lausanne pendant la Première Guerre mondiale. En 1918, la succursale de la galerie parisienne Bernheim-Jeune organise une exposition de ses œuvres. La même année, sans doute à l’issue de la manifestation et avant le retour en France de l’artiste, Paul Vallotton, directeur de cette galerie, acquiert cette nature morte qu’il vendra par la suite au collectionneur lausannois Henri-Auguste Widmer, un autre admirateur lausannois du peintre.

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Bibliographie

Divers auteurs

Henri Manguin

cat. exp. Paris, Musée Marmottan, 1988-1989, Paris, La Bibliothèque des arts, Musée Marmottan, 1988.

Mania Hahnloser

«Manguin en Suisse»

in Manguin parmi les Fauves, cat. exp. Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 1983, p. 30-32.

Lucile et Claude Manguin (dir.)

Henri Manguin : catalogue raisonné de l’œuvre peint

Neuchâtel, Ides et Calendes, 1980.