Rodin_L'Homme au serpent

Auguste Rodin (Paris, 1840 - Meudon, 1917)
L'Homme au serpent, 1887
Bronze, 69 x 55 x 29 cm
Don anonyme, 2015
Inv. 2015-028
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
 
Commandée en 1880 par l’État pour le Musée des arts décoratifs de Paris, la Porte de l’Enfer, inspirée par la Divine Comédie de Dante, demeure inachevée et ne sera fondue en bronze qu’après la mort de Rodin. Plus de deux cents figures et groupes élaborés au fil des ans témoignent des recherches de l’artiste, véritable vivier dans lequel il puise inlassablement pour de nouvelles créations.

L’Homme au serpent pourrait avoir été inspiré à Rodin par les combats des damnés contre les serpents décrits par Dante. Au chant XXV : «Les trois ombres étaient toujours devant moi, lorsqu’un serpent qui rampait sur six pieds s’élance vers l’un des coupables, et s’attache tout entier à lui.» Formellement, l’œuvre est étroitement apparentée à L’Homme qui tombe (vers 1883), une figure accrochée au linteau de la Porte. La construction impeccable de l’anatomie, l’expression dramatique, le modelé puissant et sensible du corps renversé en arrière font de cette sculpture un exemple frappant de l’influence de Michel-Ange. L’Antiquité est convoquée aussi dans la référence manifeste au groupe hellénistique du Laoccon.

Le plâtre de L’Homme au serpent (vers 1882-1883, Clark Art Institute, Williamstown, USA) est repéré par Antoni Roux dans l’atelier du sculpteur en 1885. Fervent admirateur, le collectionneur acquerra vingt-cinq œuvres, exigeant d’en être le propriétaire exclusif. Une lettre du 28 janvier 1887 précise les conditions de cette commande : «Vous m’avez demandé deux mille francs pour l’homme au serpent, poussé et coulé en bronze. J’accepte aux conditions approuvées de part et d’autre. C’est-à-dire que je resterai seul possesseur de ce groupe l’homme luttant contre le serpent. Vous vous réservez le droit d’utiliser la figure de l’homme mais avec des modifications dans la pose et sans le serpent.» Rodin accepte, raison pour laquelle le bronze n’existe qu’en un unique exemplaire et constitue dès lors une œuvre exceptionnelle.

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Bibliographie

François Blanchetière (dir.)

L'Enfer selon Rodin

cat. exp. Paris, Musée Rodin, Norma Editions, 2016.

Dominique Lobstein

«Antony Roux et Alfred Baillehache-Lamotte, collectionneurs de Rodin»

Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 2001, p. 325-350.

Divers auteurs

Collection Antony Roux. Catalogue des importants tableaux modernes et aquarelles par Barye, Corot, Eug. Delacroix, Diaz, Eug. Fromentin, Lépine... Sculptures remarquables par A. Rodin

Paris, Galerie Georges Petit, 19 et 20 mai 1914.