Stoecklin_Portrait de Tatjana Barbakoff

Niklaus Stoecklin (Bâle, 1896 - 1982)
Portrait de Tatjana Barbakoff, 1929
Huile sur toile marouflée sur carton, 55 x 40 cm
Acquisition, 2000
Inv. 2000-031
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Pour le Suisse Stoecklin comme pour la Lettone Tatjana Barbakoff, l’année 1925 est celle des débuts sur la scène internationale : le peintre est le seul artiste non-allemand à faire partie de l’exposition fondatrice de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) à la Kunsthalle de Mannheim ; quant à la danseuse juive, elle présente pour la première fois un programme personnel à Berlin, point de départ d’une carrière couronnée de succès dans l’aire germanophone, avant son exil à Paris en 1933, son arrestation par la Gestapo à Nice en 1944, et sa déportation à Auschwitz où elle mourra la même année dans les chambres à gaz.

Le portrait réunit deux tempéraments a priori aux antipodes. Barbakoff a élaboré un art d’essence expressionniste, plus proche de la pantomime que de la danse. Ses spectacles déclinent une suite de tableaux décoratifs, mais aussi de parodies satiriques du monde de l’art contemporain («Dadaismus», «Wege zu Kraft und Schönheit»), où les costumes asiatiques et les masques – qu’elle conçoit elle-même – jouent un rôle central. Dans les années 1920, l’art de Stoecklin s’inscrit dans la réaction à l’expressionnisme, adoptant une forme de réalisme magique caractérisée par un vérisme dénué de critique sociale.

Barbakoff donne une représentation très remarquée à Zurich en novembre 1929. La dimension proprement picturale de ses poses et la grande plasticité de son visage inspirent ce portrait à Stoecklin et plusieurs estampes à Gregor Rabinovitch. Ils viennent grossir le flot des artistes et des photographes ayant représenté la danseuse : dès 1924 les membres du groupe Das Junge Rheinland réunis autour de Johanna Ey, puis de très nombreux peintres et sculpteurs expressionnistes, parmi lesquels son compagnon Gert Heinrich Wollheim, Waldemar Flaig, Helen Dahm, et Christian Rohlfs chez qui elle séjourne à Ascona en 1931 et qui lui consacre un vaste cycle de dessins.

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Bibliographie

Günter Goebbels, Hildegard Reinhardt, Anja Hellhammer et alii

Tatjana Barbakoff. Tänzerin und Muse

cat. exp. Bonn, August Macke Haus, 2002.

Christoph Vögele

Niklaus Stoecklin 1896-1982

cat. exp. Kunstmuseum Winterthur, Fribourg-en-Brisgau, Museum für Neue Kunst, 1997, Bâle, 1997.