Vallotton_La chambre rouge

Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Paris, 1925)
La chambre rouge, 1898
Tempéra sur carton, 50 x 68,5 cm
Acquisition, 1983
Inv. 1983-067
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Vallotton obtient la reconnaissance dans les années 1890 grâce à ses gravures sur bois, en particulier avec la série des Intimités, dix scènes de la vie du couple moderne. Pour une exposition commune en 1899 chez Durand-Ruel, le Suisse qui a rejoint le groupe des Nabis propose une nouvelle série d’«Intimités», mais en peinture cette fois. Chromatisme virulent, découpage des formes clinique, sujets étrangement inquiétants : ces six Intérieurs avec figures, la quintessence de son art au tournant du siècle, seront moins bien accueillis que ses planches gravées.

La chambre rouge est l’œuvre initiale de la série. Elle en donne la clef. Le titre est descriptif, mais il se réfère probablement aussi au roman homonyme d’August Strindberg, attaque violente contre l’hypocrisie qui gouverne la vie sociale contemporaine. Chez Vallotton (qui s’apprête à convoler!), c’est l’adultère qui stigmatisé, l’envers de l’institution sacro-sainte du mariage.

Le tableau est un close-up sur un décor de théâtre dont la couleur vermillon symbolise la violence du désir masculin. Chaque objet signifie le crime à
venir : sur la table, des gants féminins entremêlés d’un mouchoir qui aura séché des larmes, une bourse impliquant quelque transaction financière, une ombrelle désignant un coupable. Dans la moitié supérieure, une paroi percée d’une embrasure à l’ombre de laquelle un homme cherche à forcer une femme. Puis une cheminée couronnée d’un curieux retable : flanqué de pimpants bouquets et de modernes candélabres, un buste de Vallotton. Derrière celui-ci, «dans son dos», une surface encadrée de rideaux rouges qui se révèle être, non pas un tableau, mais le reflet – non inversé – d’une œuvre d'Edouard Vuillard. Et quelle œuvre ! le Grand intérieur aux six personnages, mise en accusation devant le cercle familial du couple adultérin formé par le peintre Kerr-Xavier Roussel et Germaine Rousseau, épouse de l’artiste Paul Ranson. À gauche enfin une bibliothèque, allusion ironique à la littérature censée, comme la peinture, élever l’homme au-dessus de l’animal.

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Bibliographie

Guy Cogeval, Isabelle Cahn, Marina Ducrey et Katia Poletti

Félix Vallotton. Le feu sous la glace

cat. exp. Paris, Musée d’Orsay, RMN - Grand Palais, 2013.

Marina Ducrey, avec la collaboration de Katia Poletti

Félix Vallotton, 1865-1925 : l'oeuvre peint

3 vol., Lausanne, Fondation Félix Vallotton, Zurich, Institut suisse pour l'étude de l'art, Milan, 5 Continents Editions, 2005.

Sasha M. Newman (dir.)

Félix Vallotton

cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Paris, Flammarion, 1992.