Vaucher_La Mort de Socrate

Gabriel-Constant Vaucher (Genève, 1768 - 1814)
La Mort de Socrate, vers 1798 - 1799
Crayon noir sur papier, 80 x 118 cm
Legs d'Amélie Porchat, 1907
Inv. 992
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Formé à Rome par son petit-cousin le peintre Jean-Pierre Saint-Ours, et promoteur avec lui du style néo-classique à Genève, Vaucher donne ici un exemple saisissant de l’utilisation des hauts faits de l’histoire antique pour traduire les aspirations de renouvellement éthique et politique de la Révolution. Dix ans après Jacques-Louis David, il représente à son tour la mort de Socrate pour inciter ses contemporains au courage citoyen, à l’exemple du philosophe grec qui mourut pour défendre ses convictions.

La scène est située dans un décor au fond architectural neutre. Autour de Socrate représenté au moment où il boit la ciguë, l’artiste a réuni une foule de disciples éplorés dont la plupart empruntent leurs postures à l’iconographie traditionnelle de la Passion du Christ. Ainsi du personnage agenouillé au premier plan, Christ tombé à terre à qui on aurait enlevé sa croix ; ainsi des hommes prostrés en arrière-fond, apôtres endormis au mont des Oliviers ; ou ainsi encore du jeune homme qui se tord les mains à droite du philosophe, apôtre Jean au pied de la croix. La composition frappe par sa symétrie ordonnée autour de la figure centrale, inspirée de L’Ecole d’Athènes de Raphaël dont Vaucher était un fervent admirateur.

Cet immense dessin en grisaille témoigne du rejet par les néo-classiques de la séduction par la couleur. Le trait serré, la science des demi-tons, le rendu illusionniste sont représentatifs de la virtuosité graphique à laquelle Saint-Ours initie Vaucher à Rome.


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Bibliographie

Anne de Herdt

« Dessins de Constantin Vaucher (1768-1814), un artiste néo-classique à découvrir »

Genava XLI, 1993, p. 1-15.