Arroyo_Robinson Crusoé

Eduardo Arroyo (Madrid, 1937)
Robinson Crusoé, 1965
Huile sur toile, 220 x 180 cm
Don d’Eric Meyer, 1968
Inv. 1968-012
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Le personnage : habillé de peaux de bêtes, chaussé de haillons ficelés, affublé d’un chapeau «tyrolien» piqué de plumes, le teint blanc couleur cire. Le lieu : une île minuscule qui sert de support à un fauteuil rafistolé, trône brinquebalant du peintre-roi exotique. Ce dernier ne semble nullement préoccupé par l’incongruité de l’environnement et réserve toute son attention à une petite marine exécutée dans une palette de voyage. Robinson Crusoé est un autoportrait, d’après une photographie de l’artiste dans ce même accoutrement.

Le peintre madrilène Arroyo fuit l’Espagne de Franco en 1958 pour s’installer à Paris. Dans les années 1964-1965, il y participe à des expositions autour de la figuration narrative – à contenu souvent politique – et devient, avec Erró, Rancillac, Télémaque et d’autres, l’un des chefs de file de ce mouvement. Robinson Crusoé date de cette époque. Sur un mode ironique, il montre le peintre qui a choisi l’exil, l’artiste isolé du monde, concentré sur l’univers en miniature apparaissant sur sa palette.

La technique d’Arroyo est influencée par le Pop Art d’obédience britannique, plus proche donc d’un Hockney que d’un Lichtenstein : principe du collage (réunion sur une même toile de fragments appartenant à différentes réalités), refus de l’illusionnisme (absence de profondeur et de modulation par ombres et lumières, sauf pour une partie du visage), traitement pictural par aplats de couleur pure (le ciel n’est qu’un grand monochrome bleu). Robinson Crusoé se révèle bel et bien un produit de son temps. Le thème de la solitude du créateur place cependant le tableau dans un courant philosophique qui dépasse largement les années 1960, et trouve ses origines dans le Zarathoustra de Nietzsche.

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Bibliographie

Divers auteurs

Eduardo Arroyo, Sardines à l’huile

Paris, Plon, 1993.