Federle_Dark Complexion

Helmut Federle (Soleure, 1944)
Dark Complexion, 1988
Acryl sur toile, 210 x 140 cm
Acquisition, 1999
Inv. 1999-048
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Le format est résolument vertical et paraît encore plus haut en raison des deux barres grises poussées vers les bords latéraux ; celle de droite s’appuie sur le bas, celle de gauche, un peu plus large, est équidistante des bords supérieur et inférieur. Aucune symétrie n’est recherchée, tout est un peu décalé. Les bords intérieurs des rectangles gris ne sont pas nets, le gris monochrome mord sur le gris très dilué du centre. La surface de la peinture est grumeleuse, la toile de lin très peluchée n’ayant pas été préparée ; elle reste même apparente à certains endroits. Le peintre joue sur la dualité entre impénétrabilité (le gris des rectangles) et transparence (le fond) tout en affirmant l’unité de la matérialité du support et de la masse de la couleur.

Dans Dark Complexion, Federle refuse manifestement le formalisme tout en privilégiant la composition; il rejette le perfectionnisme en soulignant la «manufacture» du support et de l’application de la peinture ; il nie la couleur pure par l’exploration de l’impureté de la couleur. Cet exercice de gris sur gris produit une œuvre fruste, austère, nocturne, donc tout le contraire d’une peinture basée sur la séduction. «Je me sens plus proche de Munch et de Kandinsky que des couleurs méditerranéennes», avoue le peintre qui préfère les tonalités sourdes, les couleurs sales, les ambiances mélancoliques. En y regardant de près, on décèle sous les coups de brosse horizontaux de la partie médiane les coulures d’un «jus» vert olive. Se révèle ainsi peu à peu une peinture «épidermique» (complexion = peau), éminemment organique et finalement très sensuelle.

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Bibliographie

Divers auteurs

Helmut Federle : XLVII Biennale Venedig

cat. exp. Venise, Biennale de Venise, Office fédéral de la culture et Lars Müller Publishers, Baden, 1997.