Goy_Nature morte aux deux roses

Gérald Goy (Chessel, 1921 - Lausanne, 2009)
Nature morte aux deux roses, vers 1970 - 1975
Pastel sur papier, 54,5 x 47,5 cm
Acquisition, 1975
Inv. 1975-058
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Née d’un poudroiement de pastel, cette nature morte présente sur une petite table, de manière frontale et presque en frise, des objets communs. Elle rejoint ainsi, en partie, les préoccupations d’artistes tels que Giorgio Morandi ou Gérard de Palézieux : le même attachement aux objets simples, une réduction à l’essentiel, la même volonté de magnifier l’ordinaire et l’intime, dans une sorte de recueillement.

Cette technique de petits points de pastel, tout à fait originale, semble n’avoir été pratiquée que par Goy. Elle n’en est pas pour autant pointilliste, bien que l’effet visuel premier porterait à y croire. Mais pas trace ici de la loi du contraste simultané des couleurs, ni de recherche de l’éphémère, chers aux impressionnistes. La lumière est au contraire contenue, ténue, diffuse, régulière et douce. Également éthérée, elle paraît immuable, comme si les roses jamais ne se faneront, le fruit jamais ne se décomposera.

Pris dans cette pluie de fines tiquetures, le sujet tend à s’y évanouir. Approchez-vous au plus près de l’œuvre, les petites virgules colorées s’écartent, se dissolvent, s’abîment dans le papier, dans le support lui-même qui perd de sa substance jusqu’à la transparence. La pauvreté des objets mis en scène, ainsi que la dissolution programmée du motif, seraient-elles à même d’interroger la fragilité de toute chose, comme celle de notre propre vulnérabilité?

Revenir à la liste

Bibliographie

Philippe Gagnebin

Bloc-Notes de Cendres et de Labours. Dessins, aquarelles, pastel de Gérald Goy

Romanel, Editions Ouverture, 1976.