Oyex_Coupe

Jacqueline Oyex (1931-2006)
Coupe, 1967
Huile sur toile, 55,4 x 38 cm
Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts
Acquisition, 1967
Inv. 1967-040

Lorsque Oyex peint ce tableau vers 1960, elle traverse sans doute la période la plus sereine de sa vie et la plus prolifique de son œuvre. Presque quotidiennement, elle fréquente l’atelier de Casimir Reymond, le peintre et sculpteur, qui fut son professeur et directeur à l’Ecole cantonale de dessin et d’arts appliqués de Lausanne dans les années cinquante. Elle dessine, grave et peint avec ferveur dans cet atelier à Pully, se sentant sans doute protégée de la société qui l’épouvante, par celui qu’elle nomme son « amoureux spirituel ». Ce dernier la considère comme sa fille, tandis qu’elle lui voue un amour proche de la dévotion, mis en scène dans ses gravures de couples volants et de familles rêvées.

Coupe est de facture expressionniste. La matière colorée est travaillée avec véhémence et rapidité. Malgré l’épaisseur notable, on distingue le blanc de la toile par endroits. Les formes sont prises, enlisées, triturées dans cette pâte abondante, ce qui confère à la représentation une impression d’instabilité et d’oscillation troublantes, à la manière de Chaïm Soutine qui violentait et tourmentait le sujet en toute liberté. En dehors du regard porté sur une bouteille et sur quelques fruits dans une coupe, au-delà de l’observation d’une fraction du visible, cette peinture est certainement à lire comme l’expression du monde intérieur de Jacqueline Oyex, de son univers tragique, vulnérable et angoissé. En effet, sa vie et son art sont intimement liés, comme un écho sans fin et sans salut. A l'instar des œuvres de certaines femmes artistes du début du XXe siècle – Paula Modersohn-Becker, Suzanne Valadon, Camille Claudel, Frida Kahlo ou encore Aloïse Corbaz –, ses travaux, tels des miroirs, manifestent un caractère introspectif, une volonté de révéler son être intime, son théâtre imaginaire. Autrement dit, comme ces créatrices, elle est habitée par une nécessité de se raconter en image, de traduire vie quotidienne et arcanes de l’inconscient.


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