Weisberg_Portrait du poète Burič

Vladimir Weisberg (Moscou, 1924 - 1985)
Portrait du poète Burič, 1958
Huile sur toile, 52,5 x 85,5 cm
Don d’Ermina Galina Michailowna, 1991
Inv. 1991-038
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Contrairement aux artistes de l’avant-garde russe qui, comme lui, travaillent en marge de l’art officiel, Weisberg ne met pas sa peinture au service d’un engagement politique. Il étudie la peinture sous la direction de Sergei Ivashev-Musatov. Après l’arrestation de son maître en 1948, il poursuit sa formation avec Ilya Mashkov et Alexander Osmerkin, représentants du cézannisme moscovite. La couleur est au centre de ses recherches dont la première phase culmine dans la seconde moitié des années 1950 avec une série de portraits de ses proches et d’habitants du Moscou de l’après-guerre.

Ce Portrait du poète Burič travaille une forme dense et vivement colorée contrastant fortement et se découpant avec efficacité sur un arrière-fond lumineux. L’influence de Cézanne est manifeste en particulier dans le traitement du visage, dont le volume se construit par la couleur, posée à coups croisés de brosse. Peu après, Weisberg développera son concept de «peinture invisible» qui fera de lui un représentant du courant métaphysique, et lui vaudra le surnom de «Morandi russe».

Les écrits de Vladimir Petrovič Burič (1932-1994), un peu mieux connus depuis la perestroïka, demeurent confidentiels. Adepte et théoricien du vers libre, fait assez rare dans la poésie russe, Burič grandit à Kharkov (Ukraine). Il fréquente l’Université de Moscou et sera durant de nombreuses années rédacteur à la maison d'édition moscovite «Moladaïa Gvardia» (La Jeune Garde). Il est l’auteur de quelques publications éparses de vers dès 1961 et d’un article sur le vers libre dans la revue Questions de littérature en 1972. Traducteur de poésie polonaise et yougoslave du XXe siècle, il meurt en Macédoine lors d'une rencontre poétique. Weisberg a probablement rencontré Burič à Moscou où tous deux fréquentaient les milieux underground en marge de la culture officielle.

(Nous remercions Jean-Philippe Jaccard, professeur de russe à l’Université de Genève, pour ces informations sur Burič).

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