Art ancien et moderne

Au XVIIIe et au XIXe siècle, les artistes suisses s'exilent à Rome et à Paris pour acquérir une formation académique et trouver un débouché à leur art. Louis Ducros (477 œuvres), aquarelliste le plus éminent de son temps, s'installe en Italie où ses vues idéales des monuments de l'Antiquité et ses paysages du Sud de la Péninsule enthousiasment les touristes du Grand Tour. Avec Jacques Sablet, le "peintre du soleil", se réalise l'intégration harmonieuse de la figure dans le paysage.
Charles Gleyre (479 œuvres) incarne la norme académique au sein de la collection. Orientaliste, portraitiste et peintre d'histoire, il trouve sa voie entre romantisme et classicisme. Dès 1843, il enseigne gratuitement dans son atelier parisien où il accueille les futurs impressionnistes Bazille, Monet, Renoir, Sisley, ainsi que les jeunes espoirs de l’école suisse. Les paysages de Diday, Calame et de Corot, les scènes de genre de Léopold Robert, Benjamin Vautier et Albert Anker conduisent à l'œuvre majeure de Félix Vallotton (500 œuvres), chantre des intimités bourgeoises. Révolutionnaire parmi les Nabis, il anticipe les froides audaces du Réalisme magique. Son œuvre de maturité voit s’épanouir les «paysages composés», qui renouent avec le paysage historique de Poussin. Théophile-Alexandre Steinlen (178 œuvres) fait revivre le souvenir de Delacroix, Daumier, Doré ou Manet. Par la diffusion des ses affiches et de ses illustrations pour les grands périodiques, par son engagement dans la culture libertaire et pacifiste, il est une figure importante du cap du XXe siècle.
Avec le legs du Dr Henri-Auguste Widmer, la collection s'enrichit au début du XXe siècle d'œuvres essentielles de l'impressionnisme, du symbolisme et du post-impressionnisme. Degas, Renoir, Cézanne, Vuillard, Bonnard, Denis, Rodin et Maillol dialoguent avec les Suisses François Bocion, Ernest Biéler, Ferdinand Hodler et Giovanni Giacometti. Le cubisme, le futurisme et le retour à l'ordre s'incarnent dans les travaux d'Alice Bailly, Gustave Buchet et René Auberjonois (125 œuvres). Les dessins et peintures de deux artistes de la marge, Louis Soutter (596 œuvres) et Aloïse accompagnent les ruptures de l'art moderne. Soutter, au bénéfice d’une double formation musicale et artistique, s’évade de l’internement contre son gré dans un home pour vieillards par la création de milliers de dessins dans lesquels se révèle l’apport de son génie personnel à l’histoire de l’art de son temps.

Félix Vallotton, "Autoportrait à l'âge de vingt ans", 1885