Vernet_Première messe en Kabylie

Horace Vernet (Paris, 1789 - 1863)
Première messe en Kabylie, 1854
Huile sur toile, 195 x 130 cm
Don de  E. Kaufmann, 1959
Inv. 1959-011
© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Petit-fils du peintre de marines Claude-Joseph Vernet et fils de Carle Vernet, peintre de scènes historiques et bibliques, Horace-Émile-Jean Vernet découvre l’Algérie dans le sillage des armées françaises lancées à la conquête de l’Afrique du Nord. Son premier voyage date de 1833, d’autres suivront régulièrement. Contrairement à Delacroix ou à Fromentin qui s’ouvrent à la découverte d’un monde étranger, Vernet, catholique dévot et peintre au service d’un régime colonialiste, demeure peu sensible aux cultures arabe et berbère. Ses œuvres le montrent prisonnier d’un orientalisme de convention.

Première messe en Kabylie rappelle que la diffusion du christianisme fait partie, et ce dès les croisades, des légitimations de l’impérialisme occidental. La cérémonie qui donne le titre à ce tableau fut célébrée par les Français au sud-est d’Alger le 14 juin 1853 pour marquer le vingtième anniversaire de leur arrivée en Algérie. Dans le tableau monumental de Vernet, œuvre produite pour être exposée à Paris et servir la propagande du Second Empire, rien ne suggère l’Afrique du Nord, si ce n’est la présence des spahis et des babouches au premier plan. C’est la dimension religieuse de la scène que Vernet choisit d’accentuer, lui qui participa à la cérémonie et se déclara très ému par la glorification du Dieu chrétien dans un pays peuplé d’infidèles.

Le premier plan qui fait office de repoussoir, les fusils des soldats et les mains jointes de l’abbé conduisent le regard à l’autel et à la croix au pied de laquelle sont empilés les tambours de la fanfare militaire, alliance clairement signifiée de l’épée et du goupillon. La brume qui cache en partie la croix manifeste la présence immatérielle de Dieu; pour le lecteur contemporain, elle semble cependant matérialiser le voile pudique jeté sur les massacres d’une rare brutalité perpétrés à l’encontre des populations autochtones.

Revenir à la liste

Bibliographie

Davy Depelchin et Roger Diederen (dir.)

L'Orientalisme en Europe. De Delacroix à Matisse

cat. exp. Marseille, Centre de la Vieille Charité, Paris, Hazan, 2010.