Mot du directeur

Bernard Fibicher

Point de vue et intentions

Que signifie un nouveau musée? Que l’on peut se dispenser de l’ancien? Qu’il faut recommencer à zéro, faire table rase, comme si rien n’avait existé auparavant ? Est-ce qu’il faut même réinventer le musée (à l’ère du digital)? Faut-il tout remettre en cause? Faire fi de plus de 170 ans d’histoire? Considérer le patrimoine comme une chose poussiéreuse, aujourd’hui dénuée d’intérêt?

Le musée au XXIe siècle

Le chantier est lancé. Nous sommes en train de construire un nouveau musée. Cela signifie que nous sommes convaincus qu’un musée des beaux-arts, invention du XVIIIe siècle, a encore pleinement sa place, qu’il a non seulement encore un rôle à jouer, mais qu’il devient d’autant plus important que l’information qui nous entoure tend vers l’immatériel. Le musée des beaux-arts sera peut être le dernier bastion de la matérialité de l’objet et de son aura, et bénéficiera à ce titre d’une exemplarité enviable. Il deviendra quelque chose de presque exotique, tellement hors catégories connues qu’il jouira d’un regain d’intérêt dans notre société.

Pluralité des publics

Notre musée des beaux-arts ne sera pas cependant qu’un simple refuge pour nostalgiques d’un objet matériellement et historiquement unique, qui excite les sens, les émotions, la soif de connaissance et l’intelligence. Il faut qu’il soit davantage. L’exemplarité doit s’étendre aux moyens déployés pour rendre ces objets accessibles, pour leur donner une voix et pour faire dialoguer les gens, pour favoriser une perception active, liée à notre rapport au monde, passé et présent. C’est dans ce sens que le musée doit se réinventer et s’adapter à une société en constante mutation, à un public qui n’est depuis longtemps plus le «Bildungsbürgertum» (aucun mot français ne saurait mieux traduire cette typologie du public classique), mais une entité plurielle qui comprend tous les âges et tous les degrés de formation, tous les types d’accessibilité. Nous n’aurons plus de public «cible» – pour utiliser un terme de marketing – mais des publics qu’il s’agira d’intéresser quotidiennement à notre offre pour les fidéliser. Le nouveau musée sera fait de nouveaux publics.

Des espaces au service des œuvres et des visiteuses et visiteurs

Nul besoin de réinventer le musée comme contenant. L’architecture expérimentale de ces vingt dernières années, les parcours de visiteurs vertigineux, les murs incurvés ou défiant la verticalité, étaient peut-être nécessaires pour qu’on puisse de nouveau se concentrer sur les fonctionnalités fondamentales d’un musée. Le bâtiment des architectes Barozzi et Veiga favorisera la meilleure relation possible entre l’homme et l’œuvre. L’architecture du bureau barcelonais ne veut pas concurrencer l’art qu’il mettra en valeur. Les espaces sont conçus pour les œuvres, pour leur meilleure conservation et présentation, mais aussi pour les visiteurs qui doivent s’y sentir à l’aise. Notre musée comportera toutes les commodités d’un musée d’aujourd’hui : restaurant, librairie – boutique, auditoire, bibliothèque spécialisée, espace de médiation, autant d’outils permettant de prolonger sa visite. Ce musée tant attendu ouvrira ses portes en automne 2019, à quelques pas de la gare. Il sera rejoint à court terme par deux autres institutions déjà existantes à Lausanne – le mudac et le musée de l’Elysée – pour former Plateforme10, un tout nouveau quartier culturel.