Hespérides I. Michel François

Du 20 mars au 17 mai 2009

Michel François, né en 1956 à Saint-Trond, Belgique, habitant Bruxelles, a participé à nombre d’importants rendez-vous : Documenta, Biennale de Venise, Biennale d’Istanbul, Sonsbeek, etc. Son œuvre multiple et complexe intègre tous les médias – photographie, sculpture, vidéo, installation – au service de recherches touchant à la vie dans tous ses états : la vie qui se forme et se défait, l’interaction entre les mondes minéral, végétal, animal et humain, la complémentarité des quatre éléments. François ne relève jamais les aspects spectaculaires, il montre la vie dans sa surprenante normalité et tente de rendre visible ce qui n’est habituellement pas vu. Ses jardins seront nécessairement arides, parsemés de cactus et d’orties, des terrains vagues, donc en friche et porteurs d’un projet. Ce sont des jardins-modèles multi-dimensionnels qui invitent à être entretenus.

Chez Michel François, tout est relationnel, en transformation, en processus, en réseau ; rien n’est jamais fixé, tout est flux, tout est réversible. En concevant une installation ou une exposition, l’artiste belge prend des images du monde afin de créer un lieu et fonder un territoire, afin de définir un champ et l’ouvrir en même temps. Jamais il n’occupera un espace (au sens militaire du terme), mais il cherchera à y déposer délicatement et temporairement des images, des objets, des gestes, souvent répétitifs. Il agit en arpenteur et pose des jalons – qui rendent compte du foisonnement des images, du mouvement des idées, du potentiel et des limites de notre perception prise dans son sens le plus large. Ce faisant, l’artiste belge questionne cette autre unité de mesure, notre corps, provoque des décalages qui attirent notre attention et nous invitent à interagir. Percevoir, c’est forcément voir autrement.

Dans son exposition lausannoise, Michel François explorait les notions de territorialité et donc forcément d’inclusion/exclusion et de clandestinité – le jardin des Hespérides ne fut-il pas interdit aux mortels, ses pommes d’or ne furent-elles pas gardées par un dragon? Son travail prend ici un aspect plus manifestement politique. Le point de départ de sa grande installation Pièce à conviction, ce sont les chaussures d’un clandestin exhibées par les gardes-frontières du Nouveau-Mexique, dont les semelles ont été transformées afin de laisser des empreintes ressemblant à celles d’une vache. Le jardin luxuriant, le pays de cocagne n’est pour certains qu’un terrain vague dont ils ne franchiront jamais les limites. L’accès n’est possible que quand on devient anonyme, ou quand on se fait animal, donc au prix d’une déshumanisation. D’un côté de la frontière on a ceux qui peuvent se permettre d’être « connectés » - accéder à l’information, au savoir, aux richesses, de l’autre côté, les nouveaux clandestins. Pièce à conviction était précédé d’un espace inaccessible: un cube de verre rouge à la transparence brouillée ; le dispositif se terminait par un drapeau « auto-flottant » symbolique, qui déploie une énergie démesurée pour maintenir sa visibilité et donc son pouvoir.