Incongru. Quand l'art fait rire

Du 8 octobre 2011 au 15 janvier 2012

L’art est une affaire grave, son idéal est le beau. Or le rire déforme le visage humain, il est une arme de séduction diabolique ; il constitue une menace contre la bienséance ; il jaillit, incontrôlé, et risque de rompre la cohérence du monde. Historiquement donc, l’art et le rire, l’art et l’humour, l’art et le comique, l’art et l’ironie ne font pas bon ménage. Il y a comme une incongruité fondamentale entre ces domaines. L’art s’est cependant aménagé des niches dans lesquelles le rire peut s’exercer : le grotesque, le pastiche, la caricature.

Au XXe siècle, l’humour est devenu un fabuleux instrument de subversion pour l’artiste, qu’il peut appliquer à l’intérieur du système de l’art ou envers la société avec ses normes et conventions, sa morale, son équilibre, son ordre. L’incongru est le fil rouge à travers l’exposition et le principe – sinon la « figure » déclinée dans toute son incongruité – générant le rire à travers les âges et les continents.

Chaque époque a en effet développé ses propres nuances de l’aberrant ou du comique dans le contexte de la culture dominante, que ce soit au XVIIe siècle en Hollande avec ses « joyeuses compagnies » ou bien à l’époque post-Tiananmen avec les figures au rire stéréotypé d’artistes chinois. L’on peut aussi observer des continuités dans la tentative de l’expression des mouvements de l’âme (dont le rire) de Charles Le Brun à Arnulf Rainer, en passant pas les têtes grotesquement distordues de Messerschmidt.

Historiquement, la révélation d’incongruités par la déformation et l’humour est pour l’artiste un parfait prétexte d’investigation du vulgaire et un moyen pour échapper à l’esthétisation. Tous les médias – peinture, sculpture, dessin, gravure, photographie, vidéo, installation, langage (texte écrit, enregistrement) – ont été convoqués pour ce vaste panorama historique du rire en art.