Forte affluence lors des derniers jours de l'exposition «Vallotton Forever. La rétrospective». Photo: Plateforme 10, Khashayar Javanmardi

Avant-propos

Juri Steiner, directeur du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

L’année 2025 restera pour le MCBA comme une année marquée par l’attention renouvelée portée au regard de Félix Vallotton cent ans après sa disparition. «Ce que je sais le mieux faire, c’est chercher», écrivait-il. Observer, interroger, comprendre: ces principes ont constitué un fil conducteur pour le Musée.

Avec près de 120 000 visites, le succès exceptionnel de Vallotton Forever. La rétrospective et de Vallotton. L’ingénieux laboratoire, réalisées conjointement avec la Fondation Félix Vallotton, a confirmé l’attachement du public à l’œuvre de l’artiste. Le style singulier de Vallotton – entre réalisme, modernité et tension psychologique – résonne avec une acuité particulière auprès des publics d’aujourd’hui.

Trois autres expositions ont structuré la programmation sur les grands plateaux du MCBA, chacune invitant à interroger les conditions de la création artistique et les formes de regard qui traversent aussi bien l’histoire de l’art que la production contemporaine.

L’année s’est ouverte avec les deux expositions consacrées à Alice Pauli (1922–2022), présentées sur les deux plateaux du musée et dans l’Espace Focus. Alice Pauli. Galeriste, collectionneuse et mécène et Alice Pauli et l’estampe rendaient hommage à une personnalité dont l’engagement a profondément marqué la scène artistique romande et suisse. Galeriste, collectionneuse et mécène, Alice Pauli a accompagné plusieurs générations d’artistes et soutenu des démarches souvent en avance sur leur temps. Sa relation avec le MCBA s’inscrit dans une longue histoire de confiance et de dialogue. La succession qu’elle a léguée au Musée enrichit de manière décisive la collection et contribue au rayonnement durable de sa mémoire.

L’attention portée aux processus de création s’est poursuivie avec la rétrospective consacrée à Alain Huck, Respirer une fois sur deux. Structurée autour du dessin tout en s’ouvrant à d’autres médiums, son œuvre explore avec persistance les tensions du monde contemporain. Les grandes compositions au fusain, les installations et les vidéos témoignent d’une pratique fondée sur l’observation et sur une interrogation constante de notre rapport au réel.

Le troisième grand projet, Jardin d’hiver #3. DECORAMA, réunissait une dizaine d’artistes autour de l’ornement et de la décoration. En dialogue avec la tradition vaudoise des arts décoratifs et appliqués, l’exposition montrait comment ces formes, longtemps considérées comme secondaires, sont aujourd’hui réinvesties comme outils critiques pour interroger les notions de goût, de classe et de genre.

À travers ces projets, le MCBA poursuit sa mission: valoriser la collection, accompagner la création et proposer des lectures renouvelées de l’art en prise avec les enjeux contemporains.

L’Espace Projet a poursuivi son rôle de laboratoire pour des démarches expérimentales. L’exposition Wet Rooms de Sophie Thun explorait la dimension matérielle et performative du médium photographique. La présentation Other Planes de Giulia Essyad, lauréate du Prix Gustave Buchet, a rappelé l’importance pour le Musée d’accompagner la relève artistique romande et de soutenir la vitalité de la scène émergente.

Événement majeur de son histoire récente, la collection du Musée s’est enrichie de 17 sculptures d’Alberto Giacometti, déposées à long terme par une collection privée. Le MCBA devient ainsi l’institution conservant le plus grand nombre de sculptures d’Alberto Giacometti en Suisse romande. Parmi les principales acquisitions, dons et autres dépôts à long terme au cours de l’année, nous pouvons citer les œuvres de Gustave Buchet, Willem de Kooning, Tom Burr, Lubaina Himid, Nick Mauss, entre autres.

En parallèle de son programme d’expositions, le secteur communication et marketing a mené 31 campagnes d’affichage analogiques et digitales en Suisse romande et alémanique. Le MCBA poursuit son exploration de l’utilisation du multimédia dans l’accompagnement des expositions et événements avec pas moins de 43 vidéos réalisées, un podcast et une playlist musicale, et l’alimentation constante des vecteurs digitaux (réseaux sociaux, newsletter, site web). L’institution a été mentionnée 2 637 fois dans la presse, à travers 1 505 articles et émissions consacrés à ses expositions, à sa collection et à ses projets. Malgré un environnement médiatique de plus en plus contraint, ces résultats témoignent de l’ancrage du MCBA et de Plateforme 10 dans le paysage culturel suisse.

Le secteur de médiation culturelle a poursuivi et développé ses collaborations avec des partenaires des champs éducatifs, sociaux, culturels et de la santé pour renforcer la participation culturelle, diversifier les publics ainsi que les expériences autour de l’art, de la création et du musée. Durant l’année, 12 466 personnes ont participé à des visites guidées. La 4e édition de Carte blanche aux publics, projet conçu et organisé par des participant.e.s âgé.e.s de 16 à 25 ans, a renforcé encore le lien entre le musée et un jeune public. Le programme des Passeuses et Passeurs de culture, après onze ans d’existence, continue de rencontrer un vif succès. La collaboration avec l’éracom s’est poursuivie dans le domaine de la formation, tandis que l’axe caring museum et le projet Une œuvre, mon histoire ont été développés grâce à des collaborations externes.

Au sein de Plateforme 10, la collaboration entre institutions s’est poursuivie afin de renforcer la lisibilité du site et d’accompagner son développement comme quartier des arts.

En 2025, le MCBA a eu la joie d’accueillir un public nombreux. Je remercie très sincèrement toutes celles et tous ceux qui nous suivent et nous accompagnent: leur présence, leur curiosité et leur fidélité donnent tout son sens au travail du Musée.

Je tiens à remercier l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs du MCBA ainsi que les services transversaux de Plateforme 10. Leur travail essentiel, souvent discret et peu visible pour les publics – de la conservation et de la restauration à la régie des œuvres et des images, des archives et de la gestion des collections, de la production des expositions à la médiation culturelle et à la communication, puis aux fonctions techniques, administratives et de ressources humaines, à l’accueil et l’événementiel, de la sécurité, à l’intendance et le nettoyage, à la Librairie-Boutique et enfin au restaurant indépendant Le Nabi – est indispensable à la vie du musée et à l’accomplissement de ses missions.

Leur engagement et leurs compétences incarnent pleinement cette attitude de recherche et d’attention évoquée par Félix Vallotton, qui continue d’inspirer notre travail: garder entière toute notre attention, avec constance et curiosité, aux œuvres, aux artistes et aux publics, et poursuivre, avec elles et eux, la mission du Musée.

Activité en libre accès en lien avec l'exposition «Vallotton Forever. La rétrospective». Photo: MCBA, Karim Kal