Un nouveau concept dans l'accrochage de la collection

«Les invités de La collection» sont des œuvres appartenant à des privés avec lesquels le MCBA a tissé des liens de confiance et des relations amicales au fil des ans. Les prêts consentis le sont pour une période relativement longue, parfois jusqu’à dix-huit mois. Le but est de créer des rencontres inédites avec les œuvres de la collection du MCBA, un ensemble qui, loin d’être figé comme on l’imagine trop souvent, est en évolution constante. Les «invités» ouvrent des nouvelles perspectives pour son développement futur, désignent des lacunes, suggèrent des associations. Ils permettent de découvrir temporairement, et de manière exceptionnelle, des œuvres rarement exposées, généreusement mises à disposition par leurs propriétaires.

Félix Vallotton

Étude de fesses, vers 1884

Huile sur toile
Prêt d’une collection privée
Photo: Fondation Félix Vallotton, Lausanne
Vue de salle: MCBA, Nora Rupp

Cette peinture est une étude de fesses signée Félix Vallotton, probablement exécutée en 1884, à l’époque de sa formation académique. Le cadrage serré sur le postérieur et le réalisme de la représentation ont fait sa célébrité. Parmi sa très riche collection d’œuvres de l’artiste, le MCBA a choisi de l’associer à l’Autoportrait à l’âge de vingt ans (1885).

La confrontation est saisissante: l’image que Vallotton donne de lui-même est sans concession. On trouve le même refus de l’idéalisation dans son morceau d’anatomie. C’est un vrai corps de femme que peint l’artiste, avec sa cellulite, ses formes. On est loin de la paire de fesses au galbe parfait représentée par Charles Gleyre dans Le coucher de Sapho (1867), un tableau exposé dans la salle précédente de l’exposition La collection.

Gustave Courbet

Demoiselle des Bords de Seine, 1856

Huile sur toile
Prêt d’une collection particulière
Photos: MCBA, Etienne Malapert, Nora Rupp

Ce tableau précède de peu Les Demoiselles des bords de la Seine, une œuvre monumentale, aujourd’hui conservée au Petit Palais de Paris, et qui déclencha un scandale au Salon de 1857. D’un format moins imposant, il est exécuté avec brio, dans une matière robuste et une palette aux couleurs éclatantes. La pose alanguie, l’abandon du geste, le regard perdu, l’épaule dénudée et la manche retroussée, peu choquants pour l’œil d’aujourd’hui, ne laissent aucun doute sur l’identité du modèle: il s’agit d’une courtisane.

La collection du MCBA conserve deux œuvres de Courbet: Le vieil arbre dans la gorge (1871), peint à l’époque de l’exil de l’artiste dans le Jura, et La Vigneronne de Montreux (1874), une œuvre qui, comme son titre permet de l’imaginer, est étroitement liée à son séjour en Suisse à la fin de sa vie. En exposant Demoiselle des bords de la Seine, le MCBA propose au public une œuvre d’une autre période capitale, les années 1850, l’époque de ses grands combats artistiques à Paris. Dans l’accrochage, l’œuvre prêtée dialogue avec deux portraits de femmes de la seconde moitié du XIXe siècle: Jeune femme au piano (1880) de Charles Giron et Portrait de Mlle Julie Fuergard (1886) de Louise Breslau. Se trouvent ainsi réunies une artiste, une courtisane et une bourgeoise!

Alberto Giacometti

Grande femme III, 1960
Buste d’homme (Lotar II), vers 1964-1965

Grande femme III, 1960
Bronze
Prêt d’une collection particulière, Suisse

Buste d’homme (Lotar II), vers 1964-1965
Bronze, 60 x 38 x 25 cm
Prêt d’une collection particulière, Suisse

Photos: MCBA, Nora Rupp

Les invités sont ici deux œuvres en bronze capitales, datant de la maturité d’Alberto Giacometti. Le MCBA possède deux dessins de l’artiste, mais pour l’heure aucune sculpture. Ces pièces remarquables sont exposées dans une salle consacrée à la première moitié du XXe siècle, avec notamment une œuvre très importante de son ami Balthus, Le Roi des chats (1935).

Deux têtes matiéristes de Jean Dubuffet engagent un dialogue avec le Buste d’homme (Lotar II) (1964-1965) de Giacometti, un portrait du photographe Eli Lotar, le dernier modèle masculin à poser pour le sculpteur. Sous les doigts du sculpteur, il apparaît tel un sombre magma de matière triturée sur lequel est juchée une petite tête au regard perçant.

Quant à la Grande Femme III (1960), elle fait partie des figures que Giacometti a réalisées quand il travaillait à une commande jamais aboutie pour la Chase Manhattan Bank Plaza de New York. Cette figure féminine incroyablement allongée et rigoureusement frontale, telle une antique et hiératique image de culte, devait d’ailleurs prendre place aux côtés de son célébrissime Homme qui marche!