Un nouveau concept dans l'accrochage de la collection

«Les invités de La collection» sont des œuvres appartenant à des privés avec lesquels le MCBA a tissé des liens de confiance et des relations amicales au fil des ans. Les prêts consentis le sont pour une période relativement longue, parfois jusqu’à dix-huit mois. Le but est de créer des rencontres inédites avec les œuvres de la collection du MCBA, un ensemble qui, loin d’être figé comme on l’imagine trop souvent, est en évolution constante. Les «invités» ouvrent des nouvelles perspectives pour son développement futur, désignent des lacunes, suggèrent des associations. Ils permettent de découvrir temporairement, et de manière exceptionnelle, des œuvres rarement exposées, généreusement mises à disposition par leurs propriétaires.

François Bocion

Retour du marché, 1873

François Bocion
Retour du marché, 1873
Huile sur toile, 93,5 x 150,5 cm
Prêt d’une collection particulière
Vue de salle: MCBA, Nora Rupp

Avec plus de 180 œuvres, le MCBA est la première collection publique d’œuvres de François Bocion. Grâce à un prêt généreux, le MCBA présente temporairement Retour du marché (1873), une composition dont il ne conserve aucun équivalent.

En effet, si on retrouve dans cette toile l’intérêt si souvent manifesté par Bocion pour la représentation des travailleurs du bassin lémanique, – ici des hommes et des femmes rentrant en Savoie, leurs barques à voiles latines chargées de paniers et de bétail –, le sujet est singulier par une vue du lac près des vignobles de Lavaux à la tombée du jour, traitée dans une gamme de gris bleutés. Le format aussi est remarquable: ses grandes dimensions indiquent que l’œuvre était destinée aux expositions officielles; de fait, cette peinture a été présentée du vivant de l’artiste à de nombreuses reprises en Suisse, mais également à Paris et à Lyon.

Placé au centre d’une paroi entièrement dédiée au peintre lausannois, le tableau propose aux visiteuses et aux visiteurs une confrontation inédite et stimulante avec un bel ensemble d’œuvres de la collection.

Paul Gauguin

Pommes et bol, 1888

Huile sur toile, 27 x 35 cm
Collection particulière
Vue de salle: MCBA, Nora Rupp

Le peintre Paul Sérusier rapporte que Gauguin disait souvent au moment de peindre une nature morte avec des fruits: «Allons faire un Cézanne».

Grâce au prêt généreux d’un collectionneur privé, le MCBA présente temporairement Pommes et bol (1888) de Paul Gauguin, qu’il propose de comparer à un œuvre de sa collection, Nature morte aux sept pommes et tube de couleur (vers 1878-1879) de Paul Cézanne .

L’influence de Cézanne est des plus importantes pour Gauguin. Chez les deux artistes, les préoccupations formelles l’emportent sur les effets atmosphériques appartenant à l’héritage impressionniste. Les pommes sont, dans les deux œuvres, des sphères isolées par un cerne noir, recevant leur volume par des touches orientées, posées par un coup de pinceau constructif. Les deux tableaux sont baignés du même accord chaud, et travaillent sur des couleurs complémentaires, le rouge des pommes et le vert du fond (et des pommes chez Gauguin).

Alberto Giacometti

Grande femme III, 1960
Buste d’homme (Lotar II), vers 1964-1965

Grande femme III, 1960
Bronze
Prêt d’une collection particulière, Suisse

Buste d’homme (Lotar II), vers 1964-1965
Bronze, 60 x 38 x 25 cm
Prêt d’une collection particulière, Suisse

Vues de salle: MCBA, Nora Rupp

Les invités sont ici deux œuvres en bronze capitales, datant de la maturité d’Alberto Giacometti. Le MCBA possède deux dessins de l’artiste, mais pour l’heure aucune sculpture. Ces pièces remarquables sont exposées dans une salle consacrée à la première moitié du XXe siècle, avec notamment une œuvre très importante de son ami Balthus, Le Roi des chats (1935).

Deux têtes matiéristes de Jean Dubuffet engagent un dialogue avec le Buste d’homme (Lotar II) (1964-1965) de Giacometti, un portrait du photographe Eli Lotar, le dernier modèle masculin à poser pour le sculpteur. Sous les doigts du sculpteur, il apparaît tel un sombre magma de matière triturée sur lequel est juchée une petite tête au regard perçant.

Quant à la Grande Femme III (1960), elle fait partie des figures que Giacometti a réalisées quand il travaillait à une commande jamais aboutie pour la Chase Manhattan Bank Plaza de New York. Cette figure féminine incroyablement allongée et rigoureusement frontale, telle une antique et hiératique image de culte, devait d’ailleurs prendre place aux côtés de son célébrissime Homme qui marche!