Charles Gleyre
Autoportrait, entre 1830 et 1834

  • Charles Gleyre (Chevilly, 1806 - Paris, 1874)
  • Autoportrait, entre 1830 et 1834
  • Crayon et aquarelle sur papier, 28,2 x 22,1 cm
  • Legs de Mathilde Gleyre, 1917
  • Inv. 1201
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Réservé, modeste et timide, Gleyre s’est rarement représenté. Il s’imaginait enlaidi par un nez protubérant et par des lèvres trop charnues et n’a réalisé que trois autoportraits. Le premier, peint à l’huile, date de 1827 (conservé au Musée). Le jeune homme s’y montre en buste, le cheveu long, pâle et imberbe, posant avec raideur devant un paysage italien. Il réside alors à Paris où, arrivé de Lyon, il est entré dans l’atelier de Louis Hersent, puis à l’École des beaux-arts, et a acquis une grande maîtrise de l’aquarelle. Le troisième autoportrait (Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon), toujours à l’huile, a été réalisé en 1841. Âgé de trente-cinq ans, l’artiste vient de rentrer à Paris après un long voyage en Orient. Ses traits amaigris – qu’il cache désormais sous une barbe et une moustache fournies – sont marqués par les privations et les maladies qui ont marqué ce périple.

Ce deuxième autoportrait, envoyée de suite à sa famille, est le seul où Gleyre arbore une belle confiance en lui-même. À l’époque, le Suisse est depuis 1829 à Rome où il est venu poursuivre sa formation et chercher fortune, comme avant lui le Neuchâtelois Léopold Robert, qu’il rencontre et qui le conseille. Gleyre s’inspire peut-être des célèbres portraits de brigands de son compatriote pour le caractère composite et chamarré de son costume « à l’italienne » : une étoffe rouge ceint sa taille, une bande de tissu jaune retient son paquetage, et un foulard roulé à motifs floraux égaie sa chemise blanche à larges manches. Le pouce glissé dans la ceinture, le chapeau de paille hardiment posé sur la tête, étrennant une barbiche en collier dont il vante l’originalité dans une lettre à son oncle, il pose en artiste romantique. À la fois doux et crâne, rêveur et aventurier, il semble prêt à voler jusqu’au soleil, quitte à s’y brûler les ailes comme l’annoncent la luminosité de cette aquarelle et la plume de faucon fixée à son couvre-chef par un ruban rouge sang.

Bibliographie

Côme Fabre (dir.), Charles Gleyre (1806-1874). Le romantique repenti, cat. exp. Paris, Musée d’Orsay, Paris, Hazan, 2016, p. 137-138, n° 4.

Catherine Lepdor (dir.), Charles Gleyre. Le génie de l’invention, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, 5 Continents Editions, 2006, n° 5.

William Hauptman, Charles Gleyre 1806-1874. I Life and Works. II Catalogue raisonné, Princeton/N.J., Princeton University Press, Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, 1996, n° 50.

William Hauptman, « Les autoportraits de Gleyre. Un peintre se cache », in Nos monuments d’art et d’histoire, XLI, n° 3, 1990, p. 310-317.