Félix Vallotton
La paresse, 1896

  • Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Paris, 1925)
  • La paresse, 1896
  • Xylographie en noir sur bois sur papier, 17,7 x 22,2 cm, éd. 18 (sur un tirage d’environ 180)
  • Acquisition, 1903
  • Inv. 1188
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Autour de 1900, Vallotton est considéré à Paris comme un des acteurs majeurs de la renaissance de l’estampe originale. Il a réalisé des pointes-sèches et des eaux-fortes dès 1887, mais sa notoriété s’affirme quelques années plus tard, lorsqu’il devient le principal illustrateur de La Revue blanche. Il triomphe alors avec ses gravures sur bois, une pratique qu’il inaugure en 1891 et poursuivra avec assiduité jusqu’en 1899, avant de se consacrer pleinement à la peinture.

Plusieurs facteurs expliquent le succès de Vallotton. Il y a d’abord le choix de la xylographie, délaissée par les artistes après avoir connu son heure de gloire à la Renaissance. Grand admirateur de Dürer, le Lausannois va réhabiliter les potentiels du medium : travaillant sur du bois de fil, il l’attaque au canif, dégageant de grandes surfaces aux contours nets et renonçant ainsi aux effets de dégradé. Un autre choix radical est celui de la monochromie. À l’heure des affiches bariolées et des estampes en couleurs qu’affectionneront ses amis nabis, Vallotton mise sur le noir profond qui contraste avec la blancheur du papier. Enfin, ces partis pris sont au service d’un langage synthétique, graphique, influencé par l’estampe japonaise. La profondeur est rabattue sur un seul plan et l’expressivité est déléguée à la ligne, arabesque souple qui délimite les grandes plages noires, trait précis qui les anime de motifs décoratifs.

La paresse montre Vallotton au sommet de son art. Ici, il fait surgir de l’obscurité le corps nu d’une femme allongée sur le ventre : un modèle ou peut-être une prostituée attendant le client ? Les jambes en l’air, elle batifole sur un sofa couvert de tissus aux ornements géométriques et agace un chat dressé sur ses pattes arrière. Unis par la blancheur de leurs corps, les deux partenaires de jeu incarnent la liberté nonchalante des êtres qui, à l’instar des artistes, ne se laissent ni apprivoiser ni conformer aux normes de la morale bourgeoise.

Bibliographie

Fleur Roos Rosa de Carvalho, « La quintessence du noir et blanc. Les xylographies », in Guy Cogeval, Isabelle Cahn, Marina Ducrey et Katia Poletti (dir.), Félix Vallotton. Le feu sous la glace, cat. exp. Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, RMN – Grand Palais, 2013, p. 251-257.

Richard S. Field, « Extérieurs et intérieurs : l’œuvre gravé de Félix Vallotton », in Sasha M. Newman (dir.), Félix Vallotton, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Paris, Flammarion, 1992, p. 43-92.

Maxime Vallotton et Charles Goerg, Félix Vallotton. Catalogue raisonné de l’œuvre gravé et lithographié/Catalogue raisonné of the printed graphic work, Genève, Les Éditions de Bonvent, 1972, n° 169 a.