Félix Vallotton
Le port de Rouen, 1901

  • Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Paris, 1925)
  • Le port de Rouen, 1901
  • Huile sur toile, 54 x 65,2 cm
  • Dation succession Jean-Claude Givel, 2018
  • Inv. 2018-001
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

À l’aube du XXe siècle, Rouen est l’un des plus grands ports fluviaux de France. C’est aussi une destination prisée par les peintres. Pissarro y parcourt pour la première fois les quais de la Seine en automne 1883 ; Gauguin y peint les rues du centre-ville et la campagne environnante en 1884 ; quant à Monet, il consacre une série de toiles à la façade de la cathédrale Notre-Dame, entre 1892 et 1894.

Vallotton séjourne fréquemment en Normandie, mais il ne consacrera qu’un seul tableau à sa capitale. En 1901, c’est le port de Honfleur qu’il privilégie, avec ses bateaux de pêche, ses quais pittoresques bordés de maisons aux façades colorées. Rouen apparaît ici au contraire grise et minérale. La rive droite aux immeubles élégants peine à s’extraire de la grisaille, et la cathédrale, réduite à une ombre fantomatique, privée de la flèche qui, habituellement, lui offre sa silhouette élancée, est engloutie par un nuage de soufre. Nous sommes face à un port sans eau et où l’activité fluviale n’est évoquée qu’indirectement : à droite et coupée par le bord du tableau, par une grue à vapeur servant au chargement et déchargement des péniches ; au second plan, par des tas de marchandises prenant une coloration rosée au soleil. Le peintre s’intéresse aux travaux de terrassement entrepris sur la rive gauche, et aux deux ouvriers qui s’affirment au premier plan par le blanc lumineux d’une chemise.

Alors que ses vues de chantiers des bords de Seine à Paris – peintes la même année – sont animées par de puissantes diagonales, Vallotton propose ici une construction en bandes horizontales. Certains traits stylistiques, tels les aplats de couleurs, rattachent cette œuvre à sa période nabie. Le retour au volume, notamment dans les tas de marchandises, les volutes de fumée et le scintillement doré du talus, annonce quant à lui les paysages composés d’après 1909.

 

Bibliographie

Marina Ducrey, avec la collaboration de Katia Poletti, Félix Vallotton, 1865-1925 : l’œuvre peint, 3 vol., Lausanne, Fondation Félix Vallotton, Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, Milan, 5 Continents Editions, 2005, n° 393.

Sasha M. Newman (dir.), Félix Vallotton, cat. exp. New Haven, Yale University Art Gallery, Houston, Museum of Fine Arts, Indianapolis Museum of Art, Amsterdam, Van Gogh Museum, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Paris, Flammarion, 1992.