Hervé Graumann
Prix Gustave Buchet 2006

10.6 — 20.8.2006

Organisée par la Fondation Gustave Buchet en collaboration avec le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, cette exposition entendait donner une plus grande visibilité au lauréat du prix. Après Anne Blanchet en 2000 et Christian Floquet en 2003, Hervé Graumann présentait un ensemble de travaux récents et représentatifs de son œuvre.

Depuis la fin des années 1980, l’œuvre d’Hervé Graumann (*1963 Genève, où il vit et travaille) se développe en parallèle à la technologie numérique. L’artiste détourne, interroge, critique, s’amuse avec les outils, le vocabulaire formel et la logique spécifiques de ce nouveau média. En 1993, il crée le personnage de Raoul Pictor, un peintre virtuel – soit un programme informatique conçu pour produire des images à l’infini (Raoul Pictor cherche son style…). Si l’artiste réalise des films d’animation ainsi que des projets internet, il imagine également des équivalences plastiques de cet univers virtuel. Il applique ainsi le principe de l’échantillonnage, le « sampling », en quadrillant, numérotant puis découpant divers objets du quotidien en petits carrés qu’il recolle soigneusement ensemble afin de restituer non plus l’objet original, mais son image. Selon la technique courante du copier/coller, il reproduit manuellement un même module, composé d’objets industriels assemblés, pour construire de vastes compositions spatiales intitulées Patterns, sortes de « natures mortes électroniques », où l’original se perd dans la répétition du motif.

Pour son exposition à l’Espace Arlaud, Hervé Graumann proposait une présentation inédite d’un nouveau Pattern. Les objets assemblés, souvent triviaux et anodins, sont utilisés pour leur qualité formelle, l’éclat et la vibration de leurs couleurs ainsi que leur nature sérielle ; ils deviennent les éléments constitutifs du motif répétitif qui s’étend dans l’espace le long d’un corridor qui ne peut être franchi. Le visiteur observe cette scène à travers une vitre, comme face à un écran. Dans une deuxième salle, deux vidéos invitent le visiteur à pénétrer virtuellement à l’intérieur d’un paysage photographique. Mais plus il s’avance dans le paysage moins les données de la photographie sont suffisantes. Il se trouve alors dans un espace où des plans de couleur abstraits comblent les vides et confèrent au paysage un caractère à la fois fabuleux et improbable. Une série de tirages photographiques issus de cet univers numérique complétaient l’ensemble, tout en interrogeant le statut de l’image.