Ernest Biéler
Femme en bleu, 1913

  • Ernest Biéler (Rolle, 1863 - Lausanne, 1948)
  • Femme en bleu, 1913
  • Tempera sur bois, 190 x 77 cm
  • Acquisition, 1981
  • Inv. 1981-086
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Contraint de quitter Paris en 1892 en raison d’une situation financière désespérée, Biéler n’est heureux nulle part. Genève où il s’établit à son retour, Lausanne où son origine vaudoise lui procure des appuis dans les milieux artistiques, Zurich où des amis lui fournissent des commandes de portraits, et enfin Savièse en Valais où il se fait construire un atelier en 1901, sont les points de chute d’une errance continuelle. Ce malaise s’augmente d’une souffrance intime, l’artiste étant encore à la recherche d’une femme qui partagerait sa vie à quarante ans passés. En 1909, il se décide enfin : il revient s’établir dans la capitale française et se marie avec Michelle Vimont-Laronde, une jeune enseignante de dessin parisienne.

Femme en bleu, portrait grandeur nature peint quatre ans plus tard, évoque les préraphaélites anglais et Gustav Klimt. Michelle y est représentée comme une personne au caractère bien affirmé, comme l’intellectuelle qui, en février 1911, signe un manifeste talentueux en faveur du style de son époux, intitulé « Le graphisme dans la peinture ». Les carnations pâles et délicates du visage, les bras et la main où brille l’alliance, sont mis en valeur par la masse des bleus du vêtement et de l’environnement floral, qui fait écho à la couleur des yeux de la jeune femme. La robe qu’elle porte fait la promotion d’une mode avant-gardiste, lancée à Paris par les couturiers Paul Poiret et Madeleine Vionnet, qui libère le corps féminin du corset en proposant des coupes droites et des matières souples.

Biéler rattache aussi son épouse parisienne à son pays natal par le choix des grandes fleurs qui l’entourent, des pieds-d’alouette élevés, une vivace des prairies alpines. La relation bientôt orageuse entre l’artiste et sa femme, qui aboutira à leur divorce en 1921, serait-elle annoncée par la toxicité de cette plante, que les paysans suisses tiennent pour responsable de l’empoisonnement du bétail ?

Exposé actuellement

La collection

Bibliographie

Catherine Lepdor, « L’Eau mystérieuse. Ernest Biéler à la croisée des chemins », in Jörg Zutter et Catherine Lepdor (dir.), Ernest Biéler (1863-1948). Du réalisme à l’art nouveau, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Soleure, Kunstmuseum Solothurn, Milan, Skira, 1999.

Ethel Mathier (dir.), Ernest Biéler. Geträumte Wirklichkeit/Réalité rêvée, cat. exp. Berne, Musée des beaux-arts, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 2011.