Marius Borgeaud
La Bretonne qui passe, 1922

  • Marius Borgeaud (Lausanne, 1861 - Paris, 1924)
  • La Bretonne qui passe, 1922
  • Huile sur toile, 65,5 x 81,5 cm
  • Acquisition, 1954
  • Inv. 1954-011
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Lausannois installé à Paris, Borgeaud découvre la Bretagne en 1908 et y résidera désormais plusieurs mois par an jusqu’à la fin de sa vie. La Bretonne qui passe est peinte au Faouët, dans le Morbihan, où l’artiste séjourne entre 1920 et 1922.

Dans un intérieur modeste, une femme  assise semble avoir interrompu ses tâches quotidiennes le temps d’un repas. Son costume traditionnel forme une imposante masse noire dépourvue de tout modelé, de laquelle s’échappe un pan de vêtement bleu tranchant avec la palette chromatique restreinte utilisée par l’artiste. Comme souvent dans les intérieurs peints par Borgeaud, une porte ou une fenêtre ouvertes permettent d’échapper à un sentiment de claustration en créant un lien avec le monde extérieur. Malgré l’impression d’un basculement des objets vers le spectateur due à l’effacement de la perspective et au point de vue élevé choisi par l’artiste, la position de la femme, tournée en direction de la porte, guide le regard hors de la pièce. Une seconde femme, tenant un panier à la main, apparaît dans l’encadrement de la porte. Sa silhouette se détache sur le fond clair et lumineux de la rue, contrastant avec l’intérieur sombre. Immobiles et silencieuses, toutes deux semblent enfermées dans leur solitude respective.

Contrairement à de nombreux artistes parcourant la Bretagne à la recherche de sujets nouveaux, Borgeaud ne semble pas intéressé par les scènes pittoresques ni par les monuments locaux. Il s’attache à représenter les décors de la vie quotidienne, empreints de régionalisme. Le crucifix, présent sur de nombreuses toiles de l’artiste, témoigne d’une piété encore très présente dans la région. De même, accrochée au mur, l’estampe Un des héros de Beauséjour tirée de la série La Grande Guerre (1915) d’Eduardo Garcia Benito rappelle les gravures populaires ornant les établissements publics bretons, mais aussi les demeures privées.

Bibliographie

Jacques Dominique Rouiller (dir.), Marius Borgeaud. Une fantastique aventure et la suite du catalogue raisonné, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2015, p. 76-77.

Philippe Kaenel (dir.), Marius Borgeaud, cat. exp. Lausanne, Fondation de l’Hermitage, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 2015.