Félix Vallotton
Le château Gaillard, 1924

  • Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Paris, 1925)
  • Le château Gaillard, 1924
  • Huile sur toile, 80,5 x 65 cm
  • Acquisition, 1940
  • Inv. 625
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

En 1924, en route pour Honfleur où il a sa résidence d’été depuis 1909, Vallotton fait étape aux Andelys, un village des bords de Seine, dominé par les ruines du Château-Gaillard. Pour ce tableau représentant la forteresse érigée en 1196 par Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie, Vallotton étudie scrupuleusement sa composition, réalisant d’abord un croquis détaillé au crayon, aujourd’hui conservé dans les collections du Musée.

La vue en contre-plongée exagérément accusée, le cadrage qui isole le château de son environnement moderne, la synthèse des formes, leurs lignes souples et leurs extrémités arrondies – caractéristiques des œuvres des années 1920 –, ainsi que les forts contrastes d’ombre et de lumière, contribuent à donner une image à la fois mystérieuse et irréelle du site. En maintenant dans l’ombre la partie supérieure du château construit en pierre calcaire blanche, et en rabattant ciel, ruine et colline sur un seul plan, Vallotton déroule devant le spectateur une tapisserie sonore, aux couleurs stridentes.

Les ruines fascinent le peintre, parce qu’elles témoignent de la disparition des civilisations anciennes (« Les ruines antiques sont impressionnantes », écrit-il à son frère Paul en mai 1907) ou contemporaines, ainsi celles de la Première Guerre mondiale. Celles des Andelys lui offrent un site exemplaire. Mais la bourgade exerce sur lui un attrait supplémentaire : c’est elle qui a vu naître Nicolas Poussin en 1594. Le maître du classicisme avait élevé la peinture de paysage à la hauteur de la peinture d’histoire en se distançant de la vue observée au profit d’une composition recréée par la pensée et l’imagination. Vallotton marche sur ses traces. En 1916, année où il se rend aux Andelys pour la première fois, il convoque dans son Journal la notion de « paysage historique », centrale désormais dans son art et indissociable de la figure de Poussin.

Bibliographie

Marina Ducrey, avec la collaboration de Katia Poletti, Félix Vallotton, 1865-1925 : l’œuvre peint, 3 vol., Lausanne, Fondation Félix Vallotton, Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, Milan, 5 Continents Editions, 2005, n° 1600.

Félix Vallotton, 1865-1925 : Honfleur et la Normandie, cat. exp. Honfleur, Musée Eugène Boudin, Arcueil, Anthèse, 1999.

Sasha M. Newman (dir.), Félix Vallotton, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Paris, Flammarion, 1992.