Théophile-Alexandre Steinlen
L’Aurore (Charpentiers de fer), 1903

  • Théophile-Alexandre Steinlen (, Lausanne, 1859 - Paris, 1923)
  • L’Aurore (Charpentiers de fer), 1903
  • Huile sur toile, 182 x 111,1 cm
  • Acquisition, 1903
  • Inv. 47
  • © J.-C. Ducret, Musée cantonal des Beaux Arts de Lausanne

En 1903 s’ouvre à Paris une grande exposition-vente de cent une œuvres de Steinlen. Dans le catalogue, l’écrivain Anatole France insiste sur la singularité de l’événement. Si l’artiste « est trop célèbre pour qu’on songe à le faire connaître », il ménage une surprise à un public déjà conquis par ses dessins et ses estampes en lui dévoilant son œuvre pictural. Il présente notamment les quelque quarante tableaux qu’il a réalisés l’année même et, pour la première fois, des « grandes figures » qui trahissent une nouvelle ambition.

L’aurore frappe par son format étroit et allongé. La toile montre deux ouvriers contemplant le lever du soleil du haut d’une charpente. Perchés sur des piles, ils vont œuvrer à l’assemblage des pièces métalliques par des rivets posés à chaud et écrasés à la masse. L’édifice en construction rappelle des chantiers parisiens récents, comme ceux de la Tour Eiffel et du Sacré-Cœur. Steinlen ajoute ici une page à sa fresque du monde du travail, cette « apocalypse de la misère » sociale qui le touche au plus profond, selon Anatole France. La palette chaude, en camaïeu de bruns et d’oranges, évoque Honoré Daumier. La dimension symbolique de l’œuvre, comme le signifie son titre, fait le pari d’un avenir meilleur ; elle est portée par le traitement héroïsant des anatomies qui emprunte au modelé affirmé des sculpteurs naturalistes, à Jules Dalou, mais aussi à Constantin Meunier, autre chantre de la condition prolétaire. Le charpentier âgé est placé en bas, de dos et dans l’ombre, alors que son camarade plus jeune, de face et en pleine lumière, incarne la nouvelle génération et le combat à mener.

Steinlen accorde à L’aurore une importance telle qu’il a fait placer une interprétation réduite du sujet en couverture du catalogue de son exposition. Lorsque le Musée de Lausanne, sa ville natale, acquiert l’œuvre, c’est à sa demande expresse : il aurait vu de mauvaise grâce, rapporte le conservateur de l’époque, que Lausanne achète ses Chats ou ses Midinettes.

 

Bibliographie

Simone Soldini (dir.)
Addio Lugano bella. Anarchia tra storia e arte. Da Bakunin al Monte Verità, da Courbet ai dada, cat. exp. Mendrisio, Museo d’arte, 2015.

Philippe Kaenel, avec la collaboration de Catherine Lepdor
Théophile-Alexandre Steinlen, l’œil de la rue, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Ixelles, Musée communal d’Ixelles, Milan, 5 Continents Editions, 2008, fig. 155.