Markus Raetz
Nichtrauch/Non-fumée, 1990-1992

  • Markus Raetz (Büren an der Aare, 1941)
  • Nichtrauch/Non-fumée, 1990-1992
  • Fonte partiellement rouillée peinte à l’huile de lin brûlée sur support en carton cylindrique, 196,2 x 50 cm
  • Acquisition, 1995
  • Inv. 1995-087
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Les dessins, gravures et sculptures de Raetz jouent avec la perception visuelle du spectateur : des formes se révèlent ou se métamorphosent sous les yeux de ce dernier, par exemple grâce à son mouvement. L’artiste dévoile la part illusoire de la réalité. Il s’amuse de la transition d’un pôle à son opposé, que ce soit un mot qui exprime simultanément son contraire, un motif qui en cache un autre ou une forme qui bascule à l’envers comme ici dans Nichtrauch/Non-fumée.

Cette sculpture est une anamorphose. Elle ne peut être perçue correctement que de deux points de vue. Il faut en faire le tour pour trouver l’une des positions permettant de l’observer sans déformation. À chaque pas, la matière se transforme. Elle passe d’une masse confuse à un objet, d’un nuage de fumée à une pipe fumante, comme si elle était fluide. Si l’on avance encore, elle se défait à nouveau puis se reconstitue à contre-sens. La pipe est alors tête-bêche, la vapeur butant contre le socle.

Ce motif renvoie à une œuvre emblématique des avant-gardes du début du XXe siècle : dans La Trahison des images (1929, Los Angeles County Museum), tableau de René Magritte, une pipe est légendée « Ceci n’est pas une pipe ». L’artiste remet en question le pouvoir illusionniste de la peinture : la pipe n’est que représentation. Mais il va plus loin encore en utilisant la force du langage pour suggérer que cette image ne serait pas celle d’une pipe. Raetz reprend cette double intention à son compte. La fumée est un leurre : le matériau utilisé et la stablité de sa forme vont contre sa nature même ; de plus, il suffit de faire un pas pour qu’elle disparaisse, puis se métamorphose en une pipe. L’équivoque incite chacun à une réflexion sur la réalité des choses et leurs apparences.

Bibliographie

Didier Semin, Markus Raetz : infimes distorsions, Paris, L’échoppe, 2013.

Ursula Bode, Johanne Gachnang et alii, Markus Raetz. NO W HERE, cat. exp. Nuremberg, Verlag für moderne Kunst, 2005.

Catherine Lepdor, Patrick Schaefer et Jörg Zutter, Identités et affinités. Art suisse contemporain dans la collection du Musée des Beaux-Arts, Lausanne, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne no 3, 1996.