Martin Disler
Ohne Titel, 1986

  • Martin Disler (Seewen, 1949 - Genève, 1996)
  • Ohne Titel, 1986
  • Acrylique et aquarelle sur papier, 167 x 156,5 cm
  • Acquisition, 1987
  • Inv. 1987-027
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne
    © The Estate of Martin Disler

Disler n’a jamais fait partie des Neue Wilde (Nouveaux Fauves), mais son œuvre a souvent été apparenté à ce mouvement, tant il partage les mêmes préoccupations et engagement. Ce groupe d’artistes, qui émerge dans différentes villes d’Allemagne et d’Autriche au début des années 1980, participe au renouveau de la figuration, amorcé durant la décennie précédente. Affirmant l’expression de la subjectivité dans l’art, il invente une peinture brute, libre et fougueuse, capable de porter les thèmes du corps et de la sexualité avec une véracité intime. En Suisse, Disler fera sien cet état d’esprit.

Ses peintures sont le fruit d’une introspection qui l’amène à exhumer des images enfouies au fond de lui. Des émotions, souvent violentes, s’entrechoquent dans ces œuvres d’exécution rapide. L’intensité qui se dégage de chacune est due aux formats imposants et saturés, et plus encore à la force du geste. Le sujet de la composition n’est pas lisible d’entrée de jeu. Comme ici, les abondantes traces de peinture foisonnent à la surface du papier. Cette profusion désordonnée laisse place peu à peu à une immense figure nue, à l’air hostile, rappelant les Women de Willem de Kooning. Disler cependant ne représente pas un sujet ; il transmet une agitation intérieure, un état émotionnel.

Les jambes écartées, le bras droit replié sur la hanche et la main gauche posée sur la cuisse, cette figure, parfois lue comme un autoportrait de l’artiste, se tient à genoux, comme dans une posture offensive. Son corps, qui occupe largement l’espace central de l’œuvre, est une masse évanescente et solide à la fois, un îlot diffus de chair. L’artiste peint avec des gestes énergiques au moyen de différents outils (pinceaux, couteaux, doigts), gratte l’acrylique à certains endroits. La surface picturale porte ainsi les traces de l’élan passionnel de Disler en pleine création.

Bibliographie

Franz Müller (éd.), Martin Disler 1949–1996, Zurich, Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zurich, Scheidegger & Spiess, 2007, p. 142.

Erika Billeter (dir.), Chefs-d’œuvre du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne. Regards sur 150 tableaux, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1989, p. 336-337.

Suzanne Pagé, Zdenek Felix et alii, Martin Disler, cat. exp. Essen, Museum Folkwang, Paris, ARC/Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1985.