Pierre Soulages
Peinture, 1956

  • Pierre Soulages (Rodez, 1919)
  • Peinture, 1956
  • Huile sur toile, 162 x 114 cm
  • Donation d’Alice Pauli, 2016
  • Inv. 2017-005
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Après avoir renoncé à suivre l’enseignement de l’École Nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris où il est admis en 1937, Soulages revient dans la capitale en 1946 et se consacre pleinement à la peinture. Ses toiles, déjà abstraites et sombres, tranchent avec certains courants de l’après-guerre, notamment issus d’Abstraction-Création, où la couleur et la géométrie dominent.

Cette Peinture, importante dans l’œuvre de Soulages, apparaît après la période des brous de noix sur papier, avec des bruns et des noirs riches « à la fois de transparence et d’opacités, d’une grande intensité dans le sombre » comme il les décrit lui-même, et des compositions proches de la calligraphie chinoise. Vers 1955, les « signes » tendent à disparaître au profit de larges bandes de couleurs rouille et noire tantôt horizontales tantôt verticales, qui laissent percer ici et là des pans de fond blanc. Soulages crée dans la seconde moitié des années 1950 un langage qui ouvre sur les « outre-noirs », une peinture à la matérialité bien affirmée – parallèlement, la toile remplace le support papier –, mais simplifiée à l’extrême avec une réduction chromatique et des coups de brosse croisés ou juxtaposés.

Cette œuvre de belles dimensions, réalisée justement durant cette période charnière, crée des effets de lumière non seulement en raison de la transparence du support mais également grâce aux reflets sur la peinture elle-même. En effet, la lumière semble surgir du fond de la composition, qui est brossé à l’horizontale ; elle se développe cependant aussi sur les bandes noires les plus charnues, le roux formant une zone intermédiaire conférant à l’ensemble un effet dramatique d’obédience expressionniste : un véritable terrain de conflits ! Dans la partie inférieure, deux bandes horizontales arrêtent la « chute » des lames dressées sur deux niveaux.

Bibliographie

Camille Morando (dir.), Soulages, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 2015.

Françoise Jaunin, Pierre Soulages. Outrenoir [entretiens avec Pierre Soulages], Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 2012.

Pierre Encrevé, Soulages. Les Peintures. 1946-2006, Paris, Éditions du Seuil, 2007.