Francis Alÿs. As Long as I’m Walking
Francis Alÿs, «Paradox of Praxis 5 (Sometimes We Dream as We Live and Sometimes We Live as We Dream)», 2013. Vidéo, couleur, son, 7'49’’. Documentation d’une action, Ciudad Juárez, Mexique. En collaboration avec Rafael Ortega, Julien Devaux, Alejandro Morales et Félix Blume. Courtoisie de l’artiste et des galeries Peter Kilchmann (Zurich) et David Zwirner (New York, Londres, Paris, Hong Kong). Vidéo-still © Atelier für Videokonservierung, Bern

Francis Alÿs. As Long as I’m Walking

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L’exposition présente un survol du travail vidéo de ces trente dernières années, avec un accent particulier porté à l’un des thèmes centraux de la pratique de l’artiste: la marche.

Par ses déambulations apparemment anodines, Francis Alÿs non seulement pense la ville, mais y façonne des récits, fait circuler des rumeurs, cartographie le tissu social par des actions tantôt brèves, tantôt déclinées sur le long cours, tour à tour tirant, poussant, portant un accessoire qui tient lieu d’indice pour lire la fable déroulée par le corps en mouvement.

Alors que Francis Alÿs figure comme protagoniste de la plupart de ses premières vidéos, il passe derrière la caméra dans une série d’œuvres initiées en 1999, les Children’s Games. Dans ces vidéos réalisées dans divers pays, les espaces imaginaires de l’enfance rejoignent les espaces fictionnels de l’artiste, lui offrant un point d’entrée lorsqu’il aborde des situations ou des contextes inconnus. Ainsi, lors de son premier voyage à Kaboul en 2010, Francis Alÿs observe les enfants jouer et filme un de leurs jeux favoris, qui inspirera Reel-Unreel (2011), une des œuvres centrales issue de ses recherches en Afghanistan, et présentée à Lausanne accompagnée de peintures et d’œuvres sur papier. Dans ce projet comme dans ses déambulations urbaines, l’artiste révèle le potentiel profondément subversif du jeu et de la fiction et permet, à défaut de refaçonner le réel, de le penser autrement.

Francis Alÿs (*1959 à Anvers) se tourne vers les arts visuels après une formation d’architecte, alors qu’il séjourne à Mexico où il s’établit dès 1986. Au cours de ses nombreuses promenades dans la mégalopole, il étudie et documente la vie quotidienne dans et autour de la capitale au moyen d’actions performatives. La ville devient alors son matériau, le corps en mouvement et les règles du jeu qu’il se fixe ses instruments, tandis que le film nous restitue la trace de ses actions. Au cours des années, Francis Alÿs étendra ses déambulations à d’autres espaces urbains, de La Havane à Londres en passant par Venise ou encore Jérusalem, ré-imaginant chacun d’entre eux par ses itinéraires. Si tout son œuvre interroge le lien entre acte artistique et intervention politique, Francis Alÿs travaille toujours par allusions, avec une précision et une économie de moyens remarquables, préférant la polysémie poétique au commentaire politique frontal.

Commissaire de l’exposition: Nicole Schweizer

Publication

Francis Alÿs. As Long as I’m Walking

Nicole Schweizer (éd.) Avec des textes de Julia Bryan-Wilson, Luis Pérez-Oramas et Judith Rodenbeck, et une introduction de Nicole Schweizer, Coédition MCBA, Lausanne / JRP Editions, Genève, 2021 fr/angl., 160 p.

CHF 50.- en librairie / CHF 45.- à la Librairie-Boutique du MCBA pendant l’exposition