Guide de visite
Francis Alÿs. As Long as I’m Walking

Introduction

Artiste contemporain majeur, Francis Alÿs (*1959 à Anvers) se tourne vers les arts visuels après une formation d’architecte, alors qu’il séjourne à Mexico où il s’établit dès 1986. Au cours de ses nombreuses promenades dans la mégalopole, il étudie et documente la vie quotidienne dans et autour de la capitale au moyen d’actions performatives. La ville devient alors son matériau, le corps en mouvement et les règles du jeu qu’il se fixe ses instruments, tandis que le film nous restitue la trace de ses actions. Au cours des années, Alÿs étendra ses déambulations à d’autres espaces urbains, de La Havane à Londres en passant par Venise ou encore Jérusa­lem, réimaginant chacun d’entre eux par ses itinéraires. Si tout son œuvre inter­roge le lien entre acte artistique et interven­tion politique, Alÿs travaille toujours par allusions, avec une précision et une économie de moyens remarquables, préférant la polysémie poétique au commentaire politique frontal.

L’exposition As Long as I’m Walking pré­sente un survol du travail vidéo de ces trente dernières années, avec un accent particulier porté à l’un des thèmes cen­traux de la pratique de l’artiste, à savoir la marche. Par ses déambulations appa­remment anodines, Alÿs non seulement pense la ville, mais y façonne des récits, fait circuler des rumeurs, cartographie le tissu social par des actions tantôt brèves, tantôt déclinées sur le long cours, tour à tour tirant, poussant, portant un accessoire qui tient lieu d’indice pour lire la fable dé­roulée parle corps en mouvement.

Alors qu’Alÿs figure comme protagoniste de la plupart de ses premières vidéos, il passe derrière la caméra dans une série d’œuvres initiées en 1999, les Children’s Games. Dans ces vidéos réalisées dans divers pays, les espaces imaginaires de l’enfance rejoignent les espaces fictionnels de l’artiste, lui offrant un point d’entrée lorsqu’il aborde des situations ou des con­textes inconnus. Ainsi, lors de son premier voyage à Kaboul en 2010, Alÿs observe les enfants jouer et filme un de leurs jeux favoris, qui inspirera Reel-Unreel (2011), une des œuvres centrales issue de ses re­cherches en Afghanistan, et présentée à Lausanne accompagnée de peintures et d’œuvres sur papier. Dans ce projet comme dans ses déambulations urbaines, l’artiste révèle le potentiel profondément subversif du jeu et de la fiction et permet, à défaut de refaçonner le réel, de le penser autrement.

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1er étage

Salle 1
Children’s Games

Depuis 1999, Alÿs filme les jeux des enfants qu’il observe lors de ses voyages, dans des villes, des villages, ou encore dans des zones de guerre. Il a regroupé cette série de vidéos qu’il poursuit jusqu’à ce jour sous le titre Children’s Games. Si les jeux qu’il capte reflètent certains des mœurs, des coutumes ou des rituels d’une région donnée, leur ensemble saisit l’univer­ salité des gestes et des règles qui se ré­pètent d’un pays à l’autre : chaise musi­cale, cerf-volant, billes, châteaux de sable, feuille-cailloux-ciseaux… Dans cette série, Alÿs donne à voir le jeu comme une activité qui se déploie dans la marge, infiniment poétique et improductive, et qui permet à ses protagonistes d’élaborer des histoires, de tisser des liens, d’expéri­menter l’espace.

Les deux jeux d’enfants présentés dans cette salle ont été réalisés en Afghanistan en 2011, alors que l’artiste entreprend des voyages dans ce pays à l’invitation de la dOCUMENTA (13), manifestation d’art contemporain qui a lieu tous les cinq ans à Cassel, en Allemagne. Dans Children’s Game #10 (Papalote), un garçon tient dans ses mains le fil presque invisible d’un cerf-volant qu’il manie avec des gestes vifs et précis. Le jeu est chargé d’une valeur subversive au vu du contexte dans lequel il est réalisé, les talibans ayant interdit l’usage des cerfs-volants. Le monde de l’enfance et celui de la violence se juxta­posent également lorsque, entendant le bruit d’un hélicoptère militaire, le garçon suspend son jeu : à la silhouette de son cerf-volant se substitue alors celle de l’engin de guerre. Face à cette vidéo, dans Children’s Game #11 (Wolf and Lamb), un groupe de garçons s’efforce de protéger un premier joueur, « l’agneau », d’un deu­xième, « le loup », en empêchant ce dernier d’entrer dans le cercle qu’ils forment en se tenant les mains pour offrir un refuge à la proie. Entre provocations et menaces, dynamiques de groupe et ruse, ce jeu met en scène les codes d’inclusion et d’exclusion qui ont cours au sein de la société au sens large, le jeu d’enfant s’imposant alors comme une petite allégorie du monde des adultes.

1. Children’s Game #10 (Papalote), 2011

2. Children’s Game #11 (Wolf and Lamb), 2011

Salle 2
Projet afghan, 2010–2014

Entre 2010 et 2014, Francis Alÿs effectue plusieurs séjours en Afghanistan, dont un en 2013 en tant « qu’artiste de guerre » détaché au sein de la Task Force de l’armée britannique dans la province du Helmand. Dans ce contexte, la pratique du dessin devient pour lui non seulement une manière d’entrer en relation avec les soldats qu’il côtoie, curieux de cette activité, mais aussi de métaboliser son expérience du lieu et de la guerre. Les dessins qu’il produit alors sont à la fois un moyen de com­munication, des notes, des observations, une stratégie cathartique, et des croquis préparatoires de peintures à venir. Il y juxtapose des collages et des formes abstraites comme autant de couches suc­cessives, afin de rendre compte d’impres­sions qui, dans un contexte de guerre, se soustraient à la représentation.

Durant cette période, de retour dans son atelier, Alÿs réalise également des peintures sur lesquelles figurent des carrés et des losanges de couleur, en référence aux insignes de reconnaissance portés par les soldats. En 2011–2012, dans une série intitulée Color Bars, il avait déjà réa­lisé des compositions abstraites faites de successions de bandes de couleurs verticales qui évoquaient les mires de télévision,­ ces images qui s’affichaient sur l’écran pour signaler la fin des pro­grammes, avant que l’analogique ne cède la place au digital. Le flux des actualités médiatiques s’interrompait durant la nuit, offrant aux spectateurs une brève pause loin des images de guerre. Si toutes ces peintures ressemblent de manière trompeuse à de l’abstraction géomé­trique, elles sont, toutefois, aussi cela : une façon de rendre compte d’un réel qui échappe à la représentation.

Au centre de la salle, présenté sur deux écrans dos à dos, Sometimes Doing Is Undoing and Sometimes Undoing Is Doing (2013) montre les images de deux hommes, filmés séparément, qui dé­montent puis assemblent leur arme. D’un côté, cette tâche est effectuée par un soldat britannique détaché en Afghanistan, de l’autre, par un combattant taliban. Bien que tous deux s’acquittent de ce tra­vail avec les mêmes gestes, leurs moti­vations et le contexte dans lequel ils sont filmés sont opposés. L’œuvre souligne combien ce paradoxe fait partie des mou­vements contraires qui sous-tendent les guerres : ainsi des actes de faire et de défaire, d’élaborer puis de démanteler, de menacer puis de s’esquiver, de détruire puis de reconstruire.

3. Projet afghan, 2010 – 2014 (peintures et dessins)

4. Sometimes Doing Is Undoing and Sometimes Undoing Is Doing (AK47 – Sa80), 2013

Salle 3
Reel-Unreel

Lors de son premier voyage en Afgha­nistan, Alÿs regarde les enfants jouer et observe le jeu local le plus populaire, qui consiste à faire rouler des pneus de bicyclettes à l’aide d’un bâton. Filmé en 2010 à Bâmiyân, Children’s Game #7 (Hoop and Stick) montre de jeunes garçons qui pratiquent ce jeu puis comparent leurs performances. Quelques détails – les vêtements des joueurs, l’architecture en mur de terre, certains bruits de fond –, situent la scène, tandis que la simplicité du jeu, la joie manifeste des enfants, leur investissement sans limites dans cette activité aussi essentielle que gratuite, contrastent avec l’image d’un pays en guerre.

C’est ce jeu qui inspirera une des œuvres centrales issue des recherches et travaux effectués par l’artiste en Afghanistan, le film Reel-Unreel (2011). Tourné à Kaboul, il ouvre sur le même jeu que dans Hoop and Stick, et met en scène deux jeunes garçons qui courent dans les rues pous­siéreuses et escarpées de la capitale, l’un poussant une bobine rouge dont la pel­licule se déroule au rythme de sa course, l’autre ré-enroulant la pellicule sur une bobine vide qu’il pousse de sa main. Par moment, la bobine s’échappe et dévale la pente avant que l’enfant ne la retrouve au détour d’une ruelle. Rayée par les aspérités de son chemin, la pellicule se charge aussi de la poussière de la ville, et la caméra qui la suit dans sa course dé­crit, le plus souvent à hauteur d’enfant, un portrait en filigrane de Kaboul et de ses habitant·e·s. Inspiré par l’histoire de la destruction par le feu de milliers de bobines de films provenant des archives cinématographiques afghanes par les talibans en septembre 2001, Reel-Unreel est dès lors bien plus que la mise en scène d’un jeu. Le film met en lumière le potentiel profondément subversif du jeu, de la fiction, et ici du cinéma, comme le souligne le jeu de mot du titre – reel/ real (bobine/réel), unreel/unreal (dé­ bobiner/irréel). Le titre renvoie également l’image que l’Occident se fait de l’Afghanistan, une fiction composée par le flux des images médiatiques.

5. Children’s Game #7 (Hoop and Stick), 2010

6. Reel-Unreel, 2011

Liste des œuvres du 1 er étage

1. Children’s Game #10 (Papalote), 2011
Vidéo, couleur, avec son, 4’13”
Balkh, Afghanistan
En collaboration avec Julien Devaux et Félix Blume

2. Children’s Game #11 (Wolf and Lamb), 2011
Vidéo, couleur, avec son, 3’01”
Yamgun, Afghanistan
En collaboration avec Julien Devaux et Félix Blume

3. Projet afghan, 2010–2014
Sélection de peintures et de dessins réalisés à l’occasion de séjours en Afghanistan
Médias mixtes, dimensions variables
Courtoisie Sa Majesté la Reine

4. Sometimes Doing Is Undoing and Sometimes Undoing Is Doing (AK47 Sa80), 2013
Vidéo 2 canaux, couleur, avec son, 5’42”
FOB Shawqat, province du Helmand et province du Herat, Afghanistan
En collaboration avec Ajmal Maiwandi et les forces britanniques déployées en Afghanistan

5. Children’s Game #7 (Hoop and Stick), 2010
Vidéo, couleur, avec son, 5’22”
Bâmiyân, Afghanistan
En collaboration avec Natalia Almada

6. Reel-Unreel, 2011
Vidéo, couleur, avec son, 19’32”
Kaboul, Afghanistan
En collaboration avec Julien Devaux et Ajmal Maiwandi

Sauf mention contraire, toutes les œuvres sont courtoisie de l’artiste et des galeries Peter Kilchmann (Zurich) et David Zwirner (New York, Londres, Paris, Hong Kong)

2e étage

As Long as I’m Walking

Cet étage s’ouvre par une œuvre murale composée de phrases déclinées par Francis Alÿs au fil des ans, et qui donne son titre à l’exposition lausannoise : As Long as I’m Walking – tant que je marche (1992). Et de fait, depuis plus de trente ans, Alÿs marche. Ses déambulations ont débuté à Mexico, sa ville d’élection depuis 1986 et celle où il en a filmé le plus grand nombre, puis se sont étendues à d’autres espaces urbains.

Dans une de ses premières pièces, The Collector (1990–1992), Alÿs se promène dans Mexico, tirant au bout d’une laisse un aimant monté sur des roulettes qui se couvre progressivement de tous les rési­dus métalliques se trouvant sur son passage. L’artiste œuvre ici comme un ar­chéologue ou un détective accumulant des indices. Ailleurs, on voit comment le simple fait d’évoluer sans but apparent dans l’espace urbain transforme imperceptiblement les dynamiques sociales qui s’y jouent. Ainsi, lorsqu’Alÿs se tient debout sur une place en levant simplement les yeux au ciel comme pour observer quelque chose, attirant progressivement une foule qui scrute le vide avec lui avant que l’artiste ne s’éclipse (Looking Up, 2001), il crée un événement à partir de presque rien. Il prend ici le contrepied de l’idée qui animait une de ses actions les plus emblématiques, Paradox of Praxis 1 (1997) réalisée elle aussi dans le centre de Mexico, allégorie de la disproportion entre l’effort fourni et le résultat obtenu : pendant plus de neuf heures, Alÿs pousse devant lui un grand bloc de glace rectan­gulaire jusqu’à ce qu’il n’en reste quasi rien.

Dans d’autres œuvres, Alÿs interroge plus explicitement le lien entre acte artistique et intervention politique. Ainsi, dans The Green Line (2004), l’artiste marche, un pot de peinture verte percé à la main, le long de la frontière résultant de l’armistice de 1949 entre Israël et les États Arabes, « ligne verte » déplacée depuis la Guerre de Six jours de 1967 et l’occupation des territoires palestiniens à l’est de la démarcation. Alÿs réactive ici la frontière originale en l’incarnant par sa marche et en créant au sol une coulée irrégulière de peinture verte, trace ténue mais bien réelle le temps de l’action.

Liste et descriptifs des œuvres du 2e étage

1. As Long as I’m Walking, 1992
Texte mural
Cette liste, que Francis Alÿs a complétée durant plusieurs années, recense tout ce que l’artiste ne fait pas lorsqu’il marche: pleurer, voler, fumer, ou encore peindre. Elle élève la marche au rang de discipline poétique et d’acte de résistance, car toute dérive urbaine est une parenthèse de temps soustraite aux injonctions so­ ciales et économiques de la productivité.

2. Patriotic Tales (Cuentos Patrióticos), 1997
Vidéo, couleur, avec son, 25’36”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
En collaboration avec Rafael Ortega
En référence aux protestations étudiantes de 1968 à Mexico, lors de laquelle des milliers de fonctionnaires se sont mis à bêler dans un geste spontané de rébellion, Francis Alÿs imagine une action-fiction dans laquelle il entraîne des moutons autour du mât emblématique du Zócalo. Dans cette ronde parfaitement choré­ graphiée, le meneur devient finalement le suiveur.

3. Ambulantes, 1992–2010
Projection de diapositives 35mm
Mexico, Mexique
Collection de photographies accumulées au fil des ans, Ambulantes documente l’utilisation informelle de l’espace public en tant que lieu de commerce alternatif. On y voit des marchands ou des livreurs portant, poussant et transportant leurs marchandises à travers la ville, dont les rues échappent alors aux réglementations spatiales ou économiques habituelles.

4. Perro Durmiendo, 1999–2006
Vidéo, couleur, avec son, 7’15”
Mexico, Mexique
Francis Alÿs capture, au ras du sol, l’image de chiens errants qui dorment dans l’espace public. Selon l’artiste, ceux-ci sont autant de figures de résistance au développement urbain, tant la domes­tication des animaux, ou encore l’exclu­sion des bêtes sauvages des centres-villes, sont des marqueurs historiques de la modernité.

5. Paradox of Praxis 1 (Sometimes Making Something Leads to Nothing), 1997
Vidéo, couleur, avec son, 9’54”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
Pendant plus de neuf heures, Francis Alÿs pousse un bloc de glace à travers les rues de Mexico jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une flaque. Cette action interroge la disproportion entre l’effort fourni et le résultat obtenu, qui caractérise la vie quotidienne en Amérique latine : si le labeur est considérable, le résultat n’en est pas moins dérisoire.

6. The Collector (Colector), 1990–1992
Vidéo, couleur, avec son, 8’56”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
En collaboration avec Julien Devaux et Octavio Iturbe
Francis Alÿs se promène dans les rues de Mexico en tirant un jouet aimanté monté sur des roulettes. Ce « chien » magnétique attire sur lui les résidus métalliques qui jonchent la chaussée, l’habillant de détri­tus qui sont autant de traces d’histoires et de fragments de la vie urbaine.

7. Looking Up, 2001
Vidéo, couleur, avec son, 3’33”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
En collaboration avec Rafael Ortega
Debout, immobile, sur une place de Mexico, Francis Alÿs regarde en l’air, comp­tant sur le pouvoir de suggestion et sur l’instinct de mimétisme des passant·e·s, dont certain·e·s finissent par l’imiter. L’artiste s’efface alors discrètement, lais­sant derrière lui un rassemblement de gens fixant le ciel, évènement créé à partir de presque rien.

8. Duett, 1999
Vidéo, couleur, avec son, 10’55”
Documentation d’une action, Venise, Italie
En collaboration avec Honoré d’O
Arrivés séparément à Venise, Francis Alÿs et l’artiste belge Honoré d’O marchent au hasard des rues labyrinthiques de la cité, chacun portant la moitié d’un tuba hélicon. Ils se rencontrent finalement après trois jours de dérive, au bout d’un par­ cours présidé par le hasard.

9. Children’s Game #1 (Caracoles), 1999
Vidéo, couleur, avec son, 4’34”
Mexico, Mexique
En collaboration avec Frédéric de Smedt, Constantin Felker et Julien Devaux
Caracoles, filmé à Mexico, est la première vidéo de la série Children’s Games, en constante évolution. L’artiste y filme un garçon solitaire qui, dans une rue es­ carpée de Mexico, frappe de son pied une bouteille en plastique à moitié vide.

10. Magnetic Shoes (Zapatos Magnéticos), 1994
Vidéo, couleur, avec son, 4’24”
Documentation d’une action, La Havane, Cuba
Francis Alÿs arpente chaque jour les rues de La Havane chaussé de souliers ma­gnétiques sur lesquels viennent s’aimanter les détritus métalliques qui jonchent le bitume. Par le biais de ses dérives quoti­ diennes, Alÿs à la fois accumule et fait circuler les rebus de la ville, témoins des lieux parcourus.

11. Re-enactments, 2000
Vidéo 2 canaux, couleur, avec son, 5’23”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
En collaboration avec Rafael Ortega
Après avoir acheté un pistolet dans un magasin de Mexico, Francis Alÿs déambule dans la rue en plein jour, l’arme au poing, et se fait tardivement arrêter par la police, dont cette vidéo révèle le laxisme. Les deux écrans de la vidéo confrontent deux versions de cette même scène : le premier est occupé par la documentation de l’action, l’autre par la reconstitution de celle-ci.

12. Railings, 2004
Vidéo, couleur, avec son, (Park Crescent, 2’25”, Sample 1, 1’35”, Onslow Gardens, 1’21”), éd. 3/4
Documentation d’une action, Londres, Grande-Bretagne
En collaboration avec Rafael Ortega et Artangel
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Acquisition, 2014
Francis Alÿs marche à travers Londres en promenant une baguette de tambour le long de grilles pour créer un son urbain spécifique au lieu. Cette partition se superpose à la rumeur ambiante – chien qui aboie, sirène qui se déclenche, vacarme des voitures – pour faire musique.

13. Retoque/Painting, 2008
Vidéo, couleur, avec son, 8’31”
Documentation d’une action, Paraíso, Panamá
En collaboration avec Raúl Ortega et Magali Arriola
Francis Alÿs rafraîchit la peinture des bandes médianes de la route longeant le canal de Panama, qui relie le Pacifique l’Atlantique depuis 1914. Le geste de l’artiste souligne la difficulté à représenter et transmettre la complexité des enjeux historiques d’un lieu donné par le truche­ment de l’art.

14. The Green Line (Sometimes Doing Something Poetic Can Become Political, and Sometimes Doing Something Political Can Become Poetic), 2004
Vidéo, couleur, avec son, 17’41”
Documentation d’une action, Jérusalem, Israël
En collaboration avec Philippe Bellaiche, Rachel Leah Jones et Julien Devaux
Tenant dans sa main un pot percé rempli de peinture verte, Francis Alÿs marche dans Jérusalem le long de la portion de la « ligne verte » qui divise la municipalité. Il retrace symboliquement au sol la fron­tière résultant de l’armistice de 1949 entre Israël et les États arabes, déplacée en 1967 après la Guerre de Six Jours, entraînant l’occupation des territoires palestiniens à l’est de la démarcation.

15. Albert’s Way, 2014
Vidéo, couleur, avec son, 3’48”
Documentation d’une action, Mexico, Mexique
En collaboration avec Félix Blume et Julien Devaux
Durant sept jours, de 9h à 19h, Francis Alÿs parcourt dans son atelier une distance de 118 kilomètres, équivalente à celle que couvrent les pèlerins sur le Chemin anglais qui mène à Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette action renvoie à une légende autour de la personne d’Albert Speer, architecte du parti nazi qui, durant son emprisonnement, aurait accompli un tour du monde dans sa cellule.

16. Paradox of Praxis 5 (Sometimes We Dream as We Live and Sometimes We Live as We Dream), 2013
Vidéo, couleur, avec son, 7’49”
Documentation d’une action, Ciudad Juárez, Mexique
En collaboration avec Rafael Ortega, Julien Devaux, Alejandro Morales et Félix Blume
De nuit, à Ciudad Juárez – ville frontalière entre le Mexique et les États-Unis triste­ment célèbre pour sa violence endé­mique –, Francis Alÿs progresse dans les rues dévastées, frappant du pied une balle enflammée. Le feu illumine briève­ment les alentours et trace peu à peu la cartographie d’une ville fantôme.

17. Semáforos, 1995–aujourd’hui
Vidéo, couleur, sans son, 9’57”
Monde entier
Collection d’images prise au fil de ses voyages, Semáforos dessine une géo­graphie urbaine mondiale, en prenant comme dénominateur commun la silhouette­ du piéton des feux de signa­lisation, symbole du marcheur urbain.

18. Prohibited Steps, 2020
Vidéo, couleur, avec son, 3’22”
Documentation d’une action, Île de Lamma, Hong Kong
Les yeux bandés, Francis Alÿs marche à pas hésitants sur le toit plat d’un bunga­low. Réalisée à Hong Kong en octobre 2020, au onzième jour d’une quarantaine imposée à l’artiste, cette vidéo rend compte de l’enfermement spatial et de son corolaire de solitude en temps de pandémie. Elle renvoie de façon plus large à la question des espaces de libertés.

La collection

Choques, 2005
Installation vidéo 9 canaux, couleur, avec son (Camera Lateral, 1’50”; Frontal Semi Close, 1’44”; Diagonal Piso, 2’53”; Frontal, 1’47”; Diagonal Ventana, 1’35”; CCTV, 3’39”; Frontal Piso, 0’27”; Lateral+-Back, 3’08”; POV Perro, 3’01”), éd. de 4, E.A. 1/2
Mexico, Mexique
Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève

L’exposition s’invite dans la collection permanente du MCBA avec Choques, une vidéo divi­sée en neuf écrans disséminés dans les salles. Ces neuf canaux diffusent tous la même scène selon un point de vue légèrement différent. On y voit l’artiste trébucher sur un chien errant au coin d’une rue de Mexico. Installés en hauteur, les neuf écrans sont disposés de telle façon que les visiteurs ne voient qu’une scène à la fois lors de leur déambulation. Choques joue ainsi sur la sensation de «déjà vu», le même incident se rejouant dans les salles successives, et évoque, tant par sa construction que par son mode de présentation, la façon dont les caméras de surveillance enregistrent chacun de nos gestes dans l’espace public.

Publications en lien

Francis Alÿs. As Long as I’m Walking

Nicole Schweizer (éd.)

Avec des contributions de Julia Bryan-Wilson, Luis Pérez-Oramas et Judith Rodenbeck, et une introduction de Nicole Schweizer.

Coéd. Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne et JRP Editions, Genève, 2021 (2 éditions FR. et EN.), 160 p., 277 ill.

CHF 50.- en librairie / CHF 45.- à la Librairie-Boutique du MCBA pendant l’exposition