Dubuffet Jean
Affaires et démarches, 1961

  • Affaires et démarches, 1961
  • Huile sur toile, 165 x 199,5 cm
  • Donation de Mireille et James Lévy, issue de leur collection d’art Jean Dubuffet, 2019
  • Inv. 2019-026
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Au début des années 1960, Dubuffet s’engage dans une nouvelle voie. L’univers tellurique et minéral et son traitement « matiériste » dans une gamme de tons éteints font place au chaos coloré de la métropole, à la fête urbaine. C’est le cycle Paris Circus (1961-1962). Immeubles, trafic routier, foules recouvrent intégralement la toile. Parfois s’y ajoutent des mots éparpillés sur la surface de l’œuvre, reprenant des enseignes, des expressions populaires ou des noms de personnages, souvent avec ironie, et contribuant au vacarme suggéré. Cette effervescence est inspirée par la capitale française, où l’artiste revient s’établir en 1961, après avoir passé six ans à Vence. Les textures des huiles grattées évoquent celles des œuvres des années 1950, mais les sujets, tirés du quotidien, et les couleurs bariolées contrastent avec celles-ci. La planéité de l’image, le cerne noir qui accentue l’imbrication des formes plates et le foisonnement de détails annoncent le cycle de L’Hourloupe.

Affaires et démarches réunit six personnages, les uns grimaçants, les autres souriants, déambulant dans la rue dans des directions opposées. Sur un fond rouge, Dubuffet a créé des zones de couleurs vives, avant d’intervenir doublement en noir : un cerne épais délimite les corps souples et sinueux des figures, et un réseau de lignes fines les détaille. Quelques taches blanches signalent la dentition des trois personnages tournés vers la droite, et attirent le regard des spectateurs, qui passe de l’une à l’autre. Ce regard n’a pas l’occasion de se reposer : tout est vivant dans ce tableau et tout se bouscule. L’absence de profondeur pousse à lire simultanément l’entier de l’image. Par ailleurs, les couleurs rendues plus chatoyantes encore par contraste avec le noir excitent l’œil. Cette image de l’activité humaine, des anonymes qui se croisent, du pas pressé des citadins, prend ainsi un caractère tant frénétique que joyeux.

 

Bibliographie

Max Loreau, Jean Dubuffet. Stratégie de la création, Paris, Gallimard, 1973 (coll. Le Chemin), p. 197-213.

Max Loreau, Catalogue des travaux de Jean Dubuffet. Fascicule XIX : Paris Circus, Paris, J.-J. Pauvert, 1965, p. 125, cat. 239.

Dubuffet, cat. exp. Paris, Galerie Pierre Cordier, 1962, cat. 20.