Louis Soutter
Avril, entre 1923 et 1930

  • Louis Soutter (Morges, 1871 - Ballaigues, 1942)
  • Avril, entre 1923 et 1930
  • Crayon sur papier, 21,9 x 17,6 cm
  • Acquisition, 1956
  • Inv. 342
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Lorsque Soutter est interné contre son gré en 1923, il est âgé de 52 ans. C’est un homme mûr et de vaste culture, un artiste déjà accompli qui s’apprête à réaliser un œuvre considéré aujourd’hui comme un des événements marquants de l’histoire de l’art moderne. Les milliers de dessins qu’il exécutera jusqu’à sa mort survenue vingt ans plus tard (quelque trois mille nous sont parvenus) témoignent d’une sensibilité poétique et d’une force créatrice à nulle autre comparable.

Avant sa réclusion, Soutter étudie le dessin, la peinture et l’architecture à Lausanne, Genève et Paris. À Bruxelles, il est l’élève du célèbre violoniste Eugène Ysaye. Aux États-Unis, il dirige le département des beaux-arts du Colorado College et se marie avec Madge Fursman dont il divorce en 1903, année de son retour en Suisse. C’est à cette époque qu’apparaissent les premiers symptômes d’une mélancolie profonde, d’une fragilité physique et psychologique qui iront s’aggravant. Soutter entre dans l’Orchestre symphonique de Lausanne en 1908, puis, lente dérive, s’en va sur les routes, jouant du violon dans des hôtels et des cinémas. Son train de vie dispendieux et son comportement excentrique amènent sa famille à le faire placer dans l’hospice pour vieillards de Ballaigues, petit village du Jura vaudois.

Les premières années de son séjour à l’asile, Soutter dessine au crayon gris et à l’encre de Chine sur des cahiers d’écolier, seuls supports à sa disposition. Les pages sont utilisées au recto et au verso et recouvertes de bout en bout de compositions figuratives ou ornementales, denses et tracées d’un seul jet. Les cahiers, souvent démembrés par la suite pour être vendus ou exposés, sont organisés par thèmes et portent des titres, tel L’Âme qui s’en va du seuil des fleurs au cycle des pierres noires (couverture conservée au Musée). Avril témoigne d’une des sources d’inspiration essentielles de l’artiste : la nature, dont l’organisation et le foisonnement sont à l’unisson de son extraordinaire vision du monde.

Bibliographie

Julie Borgeaud (dir.), Louis Soutter. Le tremblement de la modernité, cat. exp. Paris, La Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert, Lyon, Fage, 2012, p. 63.

Hartwig Fischer (dir.), Louis Soutter (1871-1942), cat. exp. Bâle, Kunstmuseum Basel, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, Collection de l’art brut, Ostfildern-Ruit, Hatje Cantz Verlag, 2002, n° 8.