Eugène Grasset
Exposition d’art décoratif français à la Grafton Gallery de Londres, 1893

  • Eugène Grasset (Lausanne, 1845 - Sceaux, 1917)
  • Exposition d’art décoratif français à la Grafton Gallery de Londres, 1893
  • Chromolithographie, 69 x 47 cm
  • Acquisition, 1909
  • Inv. 304
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Le milieu des années 1880 marque les débuts de Grasset dans l’affiche où il acquerra bientôt une grande réputation, travaillant aussi bien pour le commerce que pour la librairie, pour les expositions d’art et le théâtre. Ses premières compositions puisent encore dans le registre néo-médiéval et témoignent d’une approche picturale. Mais dès le début des années 1890 son langage formel, influencé par l’estampe japonaise, gagne en limpidité et en monumentalité. Le dessin est largement cerné, les aplats de couleurs dégagent des effets d’une grande luminosité. Cependant, Grasset conserve un ton sévère et il ne se plie pas aux injonctions racoleuses de la publicité. Il mise sur la richesse ornementale et chromatique. Ses femmes atemporelles ont le caractère solennel des allégories classiques.

Dans son extrême simplification des formes et sa très grande fraîcheur tonale, ses larges plages de couleurs délimitées par des lignes de contour noires, cette affiche pour une exposition d’art décoratif français à la Grafton Gallery de Londres met en œuvre tout l’enseignement tiré par Grasset de sa pratique du vitrail. La jeune femme drapée, sa longue chevelure rousse dénouée, est représentée en plan moyen, de trois quarts et légèrement décentrée. Songeuse, elle tient une corbeille de roses et s’apprête à cueillir une fleur dans le parterre d’iris du premier plan, inspiré des gravures de Hiroshige et de Hokusaï.

Le type néo-botticellien de la jardinière et les correspondances que l’artiste suggère entre la nature et le tempérament féminin trouvèrent un large écho parmi ses contemporains. Ils inspirèrent aux symbolistes des descriptions qui témoignent d’une réception des œuvres de Grasset très éloignée de celle d’aujourd’hui. Ainsi, en 1894, le Suisse William Ritter décrit cette affiche dans les termes suivants : « Une vision qu’on n’oublie pas, où l’anémie et la chlorose décadentes s’unissent à l’éclat profond et intense du vitrail. »

Bibliographie

Nicholas-Henri Zmelty, « Eugène Grasset, l’autre roi de l’affiche », in Catherine Lepdor (dir.), Eugène Grasset. L’art et l’ornement, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, Editions 5 Continents, 2011, p. 67-73.

Anne Murray-Robertson, Grasset : une certaine image de la femme, cat. exp. Gingins, Fondation Neumann, Milan, Skira, 1999.