Alice Bailly
Jeu d’éventail ou Femme à l’éventail, 1913

  • Alice Bailly (Genève, 1872 - Lausanne, 1938)
  • Jeu d’éventail ou Femme à l’éventail, 1913
  • Huile sur toile, 92 x 73 cm
  • Acquisition, 1997
  • Inv. 1997-093
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Formée à Genève et établie à Paris depuis 1906, Bailly s’éprend tout d’abord du fauvisme. Déjà s’affirme l’extrême vivacité de ses couleurs qui deviendra la caractéristique de son art. L’année 1912 est celle de sa rencontre avec le futurisme. Mais aussi de son adhésion à l’abstraction cubiste après la découverte des œuvres exposées au Salon de la Section d’or et la lecture du manifeste Du « cubisme » d’Albert Gleizes et Jean Metzinger. Très vite, sous ces influences conjuguées, et celle de l’orphisme de Robert Delaunay, son style évolue, en particulier vers la transcription du mouvement par l’affirmation des lignes de force et l’interpénétration des plans et des volumes, l’une et l’autre servies par un coloris qui gagne en transparence.

En 1913, année où elle peint ce Jeu d’éventail, Bailly est remarquée au Salon des Indépendants par Guillaume Apollinaire : « Mlle Alice Bailly s’est entièrement renouvelée. Son cubisme nuancé est une des nouveautés intéressantes de ce salon. » Remplie d’une belle énergie, persuadée de percer enfin, l’artiste s’attaque à tous les genres, dont celui du portrait qu’elle avait délaissé depuis plusieurs années.

Pour ce tableau, probablement peint durant un séjour à Genève, Bailly fait poser sa sœur Louisa. On songe ici bien sûr à la Femme à l’éventail de Renoir (1881, Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage), mais aussi, plus proche, à la Femme à l’éventail de Jean Metzinger (1912, New York, Solomon R. Guggenheim Museum). Bailly cependant se distingue en cela qu’elle exploite le sujet en se focalisant sur le rythme induit dans l’agencement des formes par le mouvement de l’éventail : chez elle, il bat l’air au point d’entraîner tout son environnement dans son va-et-vient. La scène pourrait se dérouler en plein air, comme le suggèrent les tonalités plus chaudes et le vert en arrière-plan, qui contrastent avec la gamme des gris, blancs et roses au premier plan.

Bibliographie

Paul-André Jaccard, Alice Bailly. La Fête étrange, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, 5 Continents Editions, 2005, n° 62.