Charles Giron
Jeune femme au piano ou Portrait de Mlle Maguie D., 1880

  • Charles Giron (Genève, 1850 - Genthod, 1914)
  • Jeune femme au piano ou Portrait de Mlle Maguie D., 1880
  • Huile sur toile, 124 x 90 cm
  • Acquisition, 2017
  • Inv. 2017-015
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Pour les Suisses, l’œuvre la plus emblématique de Giron est sans conteste Le berceau de la Confédération (1901), gigantesque paysage alpestre ornant l’une des salles du Palais fédéral à Berne. Pour les Français, le nom de Giron évoque La Parisienne (1883, Paris, Petit Palais), un grand portrait mondain, quintessence de la grâce féminine à la Belle Époque. Ces deux tableaux offrent un résumé de la carrière contrastée du peintre genevois, qui vit et expose à Paris dès 1876 et ne reviendra s’installer définitivement en Suisse qu’en 1896.

Dans les années 1880, Giron partage son temps entre des séjours estivaux dans les montagnes helvètes, où il se voue à la peinture de genre et au paysage, et Paris, où le portrait lui fournit une clientèle issue de la haute bourgeoise et de l’aristocratie. Auréolé d’une renommée acquise à l’étranger, il revient aussi régulièrement à Genève et y reçoit des commandes, ainsi ce tableau pour lequel pose Jeanne-Marguerite Dominicé, jeune fille de la bourgeoisie locale. Âgée de vingt ans, celle que l’on surnomme Maguie est représentée assise très droite sur un pouf, les mains gracieusement posées sur le clavier d’un piano droit.

Avec sa série intitulée Symphonies en blanc, James Abbott McNeill Whistler avait lancé dans les années 1860 la vogue des portraits « musicaux », où une palette réduite sonnait comme un accord plaqué sur lequel venaient se détacher les visages de femmes mélancoliques. Ici, Giron propose un accord arpégé en jaune, noir, bleu et blanc. Sur la note sourde et austère d’une tapisserie à décor floral évoquant les fonds d’or des primitifs italiens, il installe le feu d’artifice acidulé d’une robe de soie turquoise au corsage piqué d’un bouquet de violettes parme. Ce contraste se répète entre l’apparente docilité du modèle – qui se plie à l’exercice social convenu du piano – et la force sauvage d’un visage aux sourcils épais, crânement tourné vers le spectateur, au regard d’une étrange et inquiétante placidité.

Bibliographie

Claudia Villa, Charles Giron. À la recherche de l’Arcadie alpestre. Scènes de genre et paysages, Université de Genève, travail de licence, juin 1997.

Simone Giron, Charles Giron, cat. exp. Berne, Kunstmuseum Bern, Genève, Éditions de l’Épée, 1955.