Albert Anker
La Mariette aux fraises, 1884

  • Albert Anker (Anet, 1831 - 1910)
  • La Mariette aux fraises, 1884
  • Huile sur toile, 81 x 60 cm
  • Donation de Bertha Bovon, en souvenir de sa sœur Elisa Spühler, 1939
  • Inv. 691
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Après une jeunesse passée entre Anet, Neuchâtel et Berne, Anker  mettra à profit son bilinguisme pour s’imposer sur les marchés de l’art suisse et français. De l’automne au printemps, il vit à Paris où il expose au Salon ; l’été, il se retire à Anet, dans sa maison paysanne du Seeland bernois. C’est là qu’il peint ce portrait représentatif de l’univers auquel on l’identifie aujourd’hui encore : la vie paisible au village, le monde de l’enfance et de la vieillesse, les activités sociales et éducatives garantes de l’esprit de démocratie.

Intitulée « la fillette avec des fraises (chaperon) » par le peintre dans son Livre de vente, la toile est popularisée sous le nom de La Mariette aux fraises [Das Erdbeeri-Mareili]. C’est le titre d’une nouvelle de l’écrivain bernois Jeremias Gotthelf, publiée en 1852 et illustrée plus tard par Anker, sans qu’aucun de ses dessins ne se rapproche de ce tableau.

Pour incarner sa cueilleuse de fraises, Anker a choisi une fillette de son village, Rosa Zesiger. Âgée de dix ans, elle porte ici une blouse, une robe et un tablier coupés dans des tissus frustes, de production locale. Le foulard imprimé noué autour du cou, produit typique de l’industrie textile de la Suisse orientale, anime l’ensemble par sa couleur rouge reprise par les fraises, la bouche du modèle et le vêtement d’une autre petite fille en arrière-fond. Les pots émaillés, présents dans chaque cuisine bernoise au XIXe siècle, ainsi que le paysage du lac de Bienne et des hauteurs du Jura parachèvent le réalisme et le caractère parfaitement helvétique de la scène. L’air rêveur et le regard vague de la fillette trahissent cependant l’ennui des heures de pose préalables à ce portrait qui voudrait se donner pour un instantané ; ils confirment l’impression de collage sur une toile de fond donnée par la silhouette qui se découpe devant une prairie parsemée de fleurs.

Bibliographie

Sandor Kuthy & Therese Bhattacharya-Stettler, Albert Anker, 1831-1910. Catalogue raisonné des peintures et des études à l’huile, Berne, Kunstmuseum Bern, Bâle, Wiese Verlag Basel, 1995, n° 323.

Erica Billeter (dir.), Chefs-d’oeuvre du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1989, p. 112.