Jacques Sablet
La Tarentelle, 1799

  • Jacques Sablet (Morges, 1749 - Paris, 1803)
  • La Tarentelle, 1799
  • Huile sur toile, 155 x 212 cm
  • Dépôt de la Fondation Gottfried Keller, Office fédéral de la culture, Berne, 2016
  • Inv. 2016-067
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Contraint de fuir une Rome agitée par les contrecoups de la Révolution française, Sablet arrive à Paris en janvier 1794. Il est reçu à la Société populaire et républicaine des arts et expose régulièrement des scènes exotiques qui séduisent les amateurs. Au Salon de l’an V (1796), il marque un grand coup avec Le colin-maillard (vers 1790, conservé au Musée), fête galante transposée dans un jardin italien.

Cette Tarentelle, ou Bord de mer au crépuscule avec paysans napolitains dansant la Tarantella, est une des œuvres les plus ambitieuses et les plus abouties de la dernière période de l’artiste. Il s’agit d’une variante de la Danse à Naples exécutée à Rome en 1784 et acquise par le roi Gustave III de Suède (château de Drottningholm, près de Stockholm). Ici, Sablet a installé son sujet au bord de la mer, entre Rome et Naples, au pied de la forteresse de Gaeta. Une trentaine de figures sont rassemblées pour la tarentelle, cette danse populaire napolitaine accompagnée à la guitare et rythmée au son des tambourins basques. Le Suisse joue la carte qui fait sa réputation à Paris, celle de la scène de genre contemporaine, aux costumes pittoresques, traitée dans cette belle luminosité qui lui vaut le surnom de « peintre du soleil ».

Dès l’exposition de La tarentelle au Salon de l’an VII (1799), les critiques louent sa composition, son coloris, le naturel des attitudes : « Ce tableau peint bien la nature et le soleil brillant dans toute sa clarté ; le jour est pur, les ombres très justes de tons; le paysage en est piquant et rempli de détails variés; le groupe des musiciens est celui qui est le plus heureusement disposé. » Grand amateur de Sablet qui fut son conseiller pour ses acquisitions, le cardinal Joseph Fesch, oncle de Napoléon Bonaparte et l’un des plus grands collectionneurs de son temps, acquiert La tarentelle après le décès de l’artiste, pour la somme – astronomique à l’époque – de six mille francs.

Bibliographie

Anne van de Sandt, Les frères Jacques et François Sablet. Collections du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n° 19, 2015.

Philippe Costamagna (dir.), Le cardinal Fesch et l’art de son temps : Fragonard, Marguerite Gérard, Jacques Sablet, Louis Léopold Boilly, cat. exp. Ajaccio, Musée Fesch, Paris, Gallimard, 2007, p. 46-49.