Alice Bailly
Le concert dans le jardin, 1920

  • Alice Bailly (Genève, 1872 - Lausanne, 1938)
  • Le concert dans le jardin, 1920
  • Huile sur toile, 94,5 x 99,5 cm
  • Acquisition, 2017
  • Inv. 2017-030
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Pendant la Première Guerre mondiale qui l’a contrainte à quitter Paris, Bailly se démène depuis Genève pour survivre. La majorité de ses amateurs sont en Suisse allemande. À Winterthour, où des collectionneurs intéressés à l’art moderne sont à l’origine de la création d’un nouveau musée en 1916, elle rencontre le mécène Werner Reinhart qui la soutiendra sa vie durant. Elle fait aussi la connaissance d’Arthur et Hedy Hahnloser, qu’elle fréquente de 1918 à 1920, et qui l’invitent à la Villa Flora où se déploie leur riche collection d’art contemporain.

Le concert dans le jardin fait partie des œuvres inspirées à Bailly par ses visites à la Flora où elle assiste aux spectacles en plein air organisés par les Hahnloser, qui partagent sa passion pour la musique. Après des croquis réalisés à Winterthour, la peinture est exécutée à Paris où l’artiste revient s’établir en 1920. Un jeune homme, deux adolescentes, un chat et une chèvre sont rassemblés autour d’un quatuor avec piano. Une des violonistes a été dessinée d’après la belle-sœur du collectionneur Richard Bühler. La pianiste, Maria de Senger, est reprise d’un tableau de 1918, La Sonate à Dukas (Collection Crédit Suisse Group).

Après s’être approprié les leçons du fauvisme, du cubisme et du futurisme, Bailly évolue en ce début des années 1920 vers une nouvelle forme de stylisation, sans rien lâcher de sa vigueur coloristique. Sur cette toile presque carrée, les courbes qui organisent le tourbillon de la composition se développent avec ampleur et souplesse autour du clavier du piano dont elles semblent émaner. La vitesse de l’exécution musicale est rendue par les mains qui se multiplient. Les formes tubulaires et ombrées, les tonalités complémentaires des verts et des oranges s’imbriquent et fusionnent sur un espace plat qui, portion d’une réalité filtrée par une sensibilité exaltée, exprime la croyance en la force du dynamisme universel.

Bibliographie

Margrit Hahnloser-Ingold (dir.), Van Gogh, Bonnard, Vallotton. La collection Arthur et Hedy Hahnloser, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 2011.

Paul-André Jaccard, Alice Bailly. La fête étrange, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, 5 Continents Editions, 2005, n° 153.