Félix Vallotton
Ruisseau rouille et galets blancs, 1921

  • Félix Vallotton (Lausanne, 1865 - Paris, 1925)
  • Ruisseau rouille et galets blancs, 1921
  • Huile sur toile, 60,5 x 73,5 cm
  • Acquisition, 2017
  • Inv. 2017-016
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Souffrant d’une sciatique depuis 1916, Vallotton décide à la fin de l’automne 1920 d’aller passer les mois de la saison froide dans le sud de la France. L’artiste et son épouse Gabrielle arrivent à Cagnes le 24 novembre 1920 et logent dans une pension au sommet du village. Ils y séjournent les hivers jusqu’à ce qu’en 1924, Vallotton se porte acquéreur d’une vieille bergerie. Habitué aux ciels bas et gris de la Normandie, le peintre est d’abord surpris par l’intensité du soleil hivernal du midi. Dans une lettre à son frère Paul, datée du 26 décembre 1920, il écrit : « J’ai enfin commencé à travailler mais le résultat ne me satisfait pas du tout ; je suis un peu désorienté par tant de lumière […] je ne me reconnais plus dans ma palette. »

Vallotton s’habitue toutefois très vite à cette nouvelle luminosité. Il opte alors pour des teintes qu’il n’avait pas encore utilisées jusque-là : des bleus intenses, des roux, des orangés et des mauves, des verts chauds et des jaunes dont l’éclat est souligné par le contraste avec des ombres colorées fortement accentuées. Mais plus que la lumière du Sud, c’est l’audace qui guide ses choix, lui fait accuser les valeurs, exagérer les contrastes.

Ici, l’épaisse forêt qui se déploie au second plan est comme contaminée par la luminosité presque irréelle du ruisseau. Au blanc des petites vagues répond l’enchevêtrement des branches effeuillées qui forme un réseau de longs filaments illuminant la moitié supérieure du tableau. Arabesques des berges, vibrations à la surface du cours d’eau et galets chatoyant sous les rayons du soleil transperçant la végétation, sont autant de preuves que l’héritage de la période nabie est encore vif dans les paysages vallottoniens des années 1920. Le ruisseau, tapis d’eau multicolore, ressort métamorphosé de l’opération de synthèse formelle et chromatique à laquelle le peintre le soumet.

Bibliographie

Marina Ducrey, avec la collaboration de Katia Poletti, Félix Vallotton, 1865-1925 : l’œuvre peint, Lausanne, Fondation Félix Vallotton, Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, Milan, 5 Continents Editions, 2005, vol. 3, n° 1396.

Sasha M. Newman (dir.), Félix Vallotton, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Paris, Flammarion, 1992.