Sophie Calle
Le Major Davel, 1994

  • Sophie Calle (Paris, 1953)
  • Le Major Davel, 1994
  • Installation (1 cibachrome [éd. 1/16], 162,5 x 148 cm (avec cadre) ; 1 photographie n/b, 52,5 x 52,5 cm ; 1 texte en photocomposition sur plexiglas, 15 x 93 cm)
  • Acquisition, 1995
  • Inv. 1995-062
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Dans les années 1990, Calle met fréquemment en scène l’absence, due à différentes raisons, d’œuvres d’art aux cimaises des musées. Elle réalise par exemple la série Last Seen… (1991) suite au vol d’œuvres de l’Isabella Stewart Gardner Museum de Boston. Elle prie les conservateurs et les gardiens de l’institution de lui décrire les œuvres manquantes, puis expose leurs récits en regard de photographies des emplacements vides. Elle met ainsi en exergue le fonctionnement sélectif de la mémoire et la fictionnalisation constante du réel.

À l’occasion de son exposition au Musée des Beaux-Arts de Lausanne en 1994, Calle apprend qu’un tableau de la collection, L’Exécution du Major Davel (1850) de Charles Gleyre, a été incendié dans la nuit du 24 au 25 août 1980. N’en a subsisté que la partie inférieure droite, un soldat en larmes, se couvrant les yeux de la main droite. Calle comble le manque, au propre comme au figuré, en demandant aux collaborateurs du Musée d’évoquer la scène disparue de la décapitation du major Davel. Des extraits de leurs témoignages sont retranscrits dans la lacune de la toile. Les souvenirs se recoupent, se complètent, se contredisent aussi, et plus ils s’accumulent, plus ils restituent une image partielle de l’œuvre de Gleyre. La mention du « soldat qui pleure », seul fragment visible, revient à plusieurs reprises. Le personnage, dont les larmes auraient pour certains éteint les flammes, semble non plus réagir à la condamnation du major mais déplorer la destruction du tableau. Par un effet de miroir, Calle renvoie la cécité du soldat au public qui est désormais, en l’absence de la toile, privé de vue lui aussi.

Cette version installative de l’œuvre, dont le cibachrome a fait l’objet d’une édition, est unique. Elle articule une photographie du cadre et des lambeaux de la toile brûlée, un texte précisant la démarche et les témoignages recueillis.

Bibliographie

Catherine Lepdor, Patrick Schaefer et Jörg Zutter, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art/Genève, Banque Parisbas (Suisse) S.A., 1998, p. 123.

Johan Ter Molen et Jörg Zutter (dir.), Sophie Calle. Absence, cat. exp. Rotterdam, Museum Boymans-van Beuningen, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1994, p. 68-69.