Théophile-Alexandre Steinlen
Paris. Grand roman inédit par Émile Zola. Supplément gratuit du « Journal », 1897

  • Théophile-Alexandre Steinlen (Lausanne, 1859 - Paris, 1923)
  • Paris. Grand roman inédit par Émile Zola. Supplément gratuit du « Journal », 1897
  • Photogravure en noir et bleu sur papier, 63 x 44,5 cm
  • Ancienne collection Jacques Christophe. Acquisition avec le soutien de la Loterie Romande, de l'Association des Amis du Musée et de Pierre Gonset, 2008
  • Inv. 2008-062
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Avec Félix Vallotton, Steinlen fait partie des artistes suisses établis à Paris dont l’engagement social va s’exprimer avec la plus grande virulence dans les périodiques illustrés. Il produit un nombre de dessins considérable, y trouvant son gagne-pain principal. Les titres dans lesquels il publie couvrent un large spectre, du journal amusant aux suppléments littéraires, à commencer par le Gil Blas illustré auquel il collabore pendant près de dix ans avec quelque sept-cent dessins ! Socialiste de conviction, Steinlen se radicalise autour de 1893 et travaille au tournant du siècle pour des revues libertaires, telles le Chambard socialiste ou encore L’Assiette au beurre. Il y commente avec férocité la vague des « affaires » qui déferle sur la France, la corruption, l’oppression des ouvriers, la misère du peuple.

Cette publicité pour la parution en feuilleton dès octobre 1897 de Paris, roman d’Émile Zola, s’inscrit dans une collaboration régulière avec Le Journal. Pour l’opération de lancement, Steinlen a produit aussi une affiche de deux mètres où on voit une foule en révolte prendre d’assaut la capitale. Ici, il se concentre sur l’épisode le plus dramatique du roman : l’explosion d’une bombe anarchiste. Si Zola faisait de l’acte terroriste une conséquence de la violence du système bourgeois, Steinlen se concentre avec compassion sur une victime collatérale : « étalée sur le dos, [un] petit trottin blond et joli gisait, le ventre ouvert […], les yeux clairs, le sourire étonné ».

La composition fait la démonstration des talents de dessinateur de Steinlen et de sa science de la mise en page : à droite, l’anarchiste Salvat prend la fuite ; au fond, la rue se remplit de la foule retenue par les gendarmes ; au centre, la jeune modiste qui s’en allait livrer un chapeau gît sur le pavé, la robe relevée. Comme le président du tribunal s’adressant à Salvat dans le roman, Steinlen s’émeut de l’ironie du sort : « C’est une des vôtres que vous avez frappée, c’est une ouvrière […]. »

Bibliographie

Philippe Kaenel, avec la collaboration de Catherine Lepdor, Théophile-Alexandre Steinlen, l’œil de la rue, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Ixelles, Musée communal d’Ixelles, Milan, 5 Continents Editions, 2008, fig. 94.

Ernest de Crauzat, L’Œuvre gravé et lithographié de Steinlen. Catalogue descriptif et analytique suivi d’un essai de bibliographie et d’iconographie de son œuvre illustré, Société de Propagation des Livres d’Art, Paris, 1913, n° 682 (daté 1898).