Philippe Decrauzat
Sans titre, 2001

  • Philippe Decrauzat (Lausanne, 1974)
  • Sans titre, 2001
  • Acrylique sur toile, 140 x 245 cm
  • Acquisition de la Commission cantonale des activités culturelles, 2002
  • Inv. 2002-004
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Diplômé de l’École cantonale d’art de Lausanne, Decrauzat co-fonde en 1998, avec quatre autres artistes, l’espace d’art contemporain Circuit à Lausanne. Marquées par le riche héritage de l’abstraction et de l’Op art, les œuvres de Decrauzat (tableaux, peintures murales, installations et films) se nourrissent de références empruntées aux beaux-arts, au cinéma expérimental, à la culture populaire et à la musique. Mais si l’artiste revisite les questions de vision, de perception et de mouvement chères aux avant-gardes du XXe siècle, son œuvre constitue à son tour non pas un assemblage de citations, mais bien une reformulation de ces questions dans l’espace du tableau et de l’installation.

Decrauzat réalise la toile polygonale Sans titre pour l’exposition Get Angry. Perspectives Romandes 3, organisée par le Musée en 2001. Elle est composée d’une alternance de cinq bandes claires et noires qui suivent la courbure de la toile en variant d’épaisseur, avec un centre noir de forme identique au shaped canvas lui-même. Les bandes qui se resserrent ou s’élargissent créent un effet d’optique où les lignes non seulement vibrent elles-mêmes, mais aussi troublent la perception de la planéité du tableau. De bidimensionnel, il semble pouvoir devenir volume, et de tableau, il semble à tout moment pouvoir basculer vers la sculpture, tandis que le centre noir fonctionne comme un espace sans fond, une ouverture, un vide. Dans un entretien réalisé en 2007, Decrauzat se souvient qu’à l’époque où il peignait cette toile, il regardait le film Alien, dont le vaisseau évoque pour lui les compositions des Black Paintings (1958-1960) de Frank Stella : « De Stella à Alien, on passe d’une image frontale à un vaisseau spatial. Si chez Stella le bord détermine le centre, dans mes tableaux il y a un effet de perspective qui déforme au centre le dessin issu du contour. » De par sa forme et ses propriétés optiques, la toile semble ainsi « flotter » au mur, troublant la perception de l’espace et l’appréhension frontale du tableau.

Bibliographie

Lionel Bovier (éd.), Philippe Decrauzat, cat. exp. Genève, Centre d’art contemporain, Zurich, JRP Ringier, 2007.

Fabrice Stroun, Philippe Decrauzat. Progress Report, cat. exp. Lausanne, ELAC – Espace d’art contemporain, Genève, JRP, 2003.

Yves Aupetitallot, Pierre Keller, Get Angry. Perspectives romandes 3, cat. exp. Lausanne, Espace Arlaud, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 2001.