Robert Breer
Sky Chief, 1955

  • Robert Breer (Détroit, 1926 - New York, 2011)
  • Sky Chief, 1955
  • Huile sur toile, 80,5 x 100 cm
  • Acquisition, 2003
  • Inv. 2003-026
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Breer débute sa carrière de peintre après avoir achevé des études d’art à la Stanford University, près de San Francisco, en 1949. La même année, il s’installe à Paris où il met en œuvre, avec plus de liberté, les principes du néoplasticisme définis par Piet Mondrian en 1917. Les recherches de l’artiste néerlandais lui sont familières, mais ce sont surtout l’art concret et ses développements alors en vogue à Paris qui l’encouragent à s’engager dans la voie de l’abstraction géométrique.

Sky Chief est une œuvre emblématique de cette période. Chaque élément existe par rapport aux autres, et tous, en dépit de leurs irrégularités et de leurs différences, contribuent à la stabilité provisoire de la composition. Le mouvement potentiel qu’on y perçoit se joue, en réalité, dans les films que Breer commence à réaliser dès 1952, et notamment dans Form Phase IV (1954). Du néoplasticisme, on retrouve les aplats de couleur, la bidimensionnalité et l’absence de symétrie. Contrairement à Mondrian cependant, Breer ne se limite pas aux couleurs primaires et aux noir, gris et blanc, et ne recourt pas aux horizontales et aux verticales strictes. La linéarité souple de ses formes est probablement inspirée des papiers découpés d’Henri Matisse. Dans le rectangle de la toile, les segments colorés aux arêtes inégales ne s’imbriquent pas, ni ne s’entrechoquent. Comme figés dans leur mouvement, ils semblent former une composition aléatoire – l’intérêt de Jean Arp et de John Cage pour le hasard a marqué Breer. Le titre de l’œuvre fait peut-être référence à la publicité pour l’essence « Sky Chief », baptisée ainsi d’après l’avion de Frank Hawks, dont les teintes, hormis le jaune, sont similaires à celles de la toile de Breer.

Breer arrête de peindre en 1959 et rentre aux États-Unis, où il se consacre à la réalisation des films et des sculptures cinétiques qui feront sa réputation. Ses peintures, régulièrement exposées à la Galerie Denise René, à Paris, dans les années 1950, n’ont été connues du public américain qu’en 2000, à l’occasion d’une exposition à Staff USA, New York.

Bibliographie

Ute Holl, Andres Pardey et Laurence Sillars, Robert Breer, cat. exp. Bâle, Museum Tinguely, Gateshead, BALTIC Centre for Contemporary Art, Bielefeld/Leipzig/Berlin, Kerber Verlag, 2011.

Laura Hoptman, Juliette Singer et alii, Robert Breer. Films, Floats and Panoramas, cat. exp. Annecy, Musée-Château, Clermont-Ferrand, Musée d’art Roger-Quilliot, Clermont-Ferrand, Éditions de l’Œil, 2006.

Robert Breer, Billy Klüver et Julie Martin, Robert Breer : a Painter in Paris, 1949-1959, cat. exp. Paris, Galerie 1900-2000, 1990.