Thomas Hirschhorn
Swiss Army Knife, 1998

  • Thomas Hirschhorn (Berne, 1957)
  • Swiss Army Knife, 1998
  • Médias mixtes, env. 400-500 m2
  • Dépôt à long terme de la Fondation Walter A. Bechtler
  • Inv. 2012-012
  • © Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv Photo
    © Susanna Kulli. Courtesy Office Galerie Susanna Kulli

Hirschhorn s’installe à Paris en 1984 – où il vit toujours – afin de rejoindre le collectif de graphistes Grapus, issu des événements de 1968, qui envisage de pair recherche artistique et engagement social, aspirant à un monde nouveau. Cet état d’esprit perdure dans le travail que l’artiste suisse développe dès 1986. Précaires, parfois même éphémères, ses installations renvoient une image de tumulte, de bazar. Elles plongent le public dans le magma d’une pensée dense où se rencontrent philosophie, littérature, art et politique, mis en réseau par bribes d’idées et avec des moyens simples (collages, matériaux de récupération, fragments de textes, images, etc.).

L’artiste réalise l’installation Swiss Army Knife à l’occasion de son exposition à la Kunsthalle de Berne en 1998, dont elle a occupé tout le rez-de-chaussée. Formé de quinze thèmes ou « points de condensation », comme les appelle Hirschhorn, le dispositif en apparence chaotique fonctionne comme le traditionnel couteau suisse qui donne son titre à l’œuvre : il est un outil multifonctionnel qui sert à couper, trouer et limer, mais aussi à réparer et dépanner. Hirschhorn met ainsi à l’épreuve du couteau suisse quinze chapitres de l’histoire et de la culture helvétiques (dont l’armée, l’or nazi, l’horlogerie de luxe, la mondialisation, l’art concret et Ferdinand Hodler), tantôt en égratignant et démontant ces mythes, tantôt en célébrant des marginaux incompris par le système suisse comme Robert Walser. À l’aide de matériaux pauvres, panneaux en bois, tables pliantes, tissu rouge, photocopies, carton, plastique, feuille d’aluminium, Hirschhorn pratique le « bricolage » à grande échelle, au service d’un travail concis, énergique, immédiatement efficace, sans hiérarchie, où tout est relié et où les aspects formels découlent de l’urgence du message à transmettre. Le couteau suisse, symbole de la réussite helvétique au niveau mondial, finit par se retourner contre ceux qui l’ont produit.

Bibliographie

Hal Foster et Lisa Lee (éd.), Critical Laboratory. The Writings of Thomas Hirschhorn, Cambridge/MA, The MIT Press, 2013.

Bernard Fibicher (dir.), Thomas Hirschhorn. « Swiss Army Knife », cat. exp. Berne, Kunsthalle, 1998.