Daniel Spoerri
Aktion Restaurant Spoerri. Tableau-piège, 1972

  • Daniel Spoerri (Galati, 1930)
  • Aktion Restaurant Spoerri. Tableau-piège, 1972
  • Assemblage d’objets divers sur photocopie collée sur bois, 71 x 71 x 40,5 cm
  • Acquisition, 1988
  • Inv. 1988-037
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

En 1960, Pierre Restany et Yves Klein créent le groupe des Nouveaux Réalistes. De nombreux artistes parmi lesquels Spoerri, mais aussi Arman, Martial Raysse et Jean Tinguely, en signent le manifeste qui préconise de tirer du réel le matériau concret de leur art. Les papiers collés de Braque et Picasso (dès 1912) introduisaient déjà dans leurs peintures cubistes des fragments de journaux ; désormais, affiches arrachées, voitures compressées ou objets accumulés constituent l’œuvre d’art à part entière.

Spoerri expose ses Tableaux-pièges pour la première fois à Paris en 1960. Créés dans la chambre de 12 m2 qu’il occupe à l’Hôtel Carcassonne entre 1959 et 1965, ils montrent les restes de repas et la vaisselle utilisée figés tels quels sur leur support. À cette époque, l’artiste ne procède à aucun réagencement. Il conserve une situation donnée dans ce qu’elle a d’instantané, de banal et de fortuit. C’est l’immobilisation d’objets habituellement maniés et déplacés au cours d’un dîner qui l’intéresse. Une fois les avoir rendus statiques, il redresse l’ensemble contre le mur : le basculement du plan horizontal de la table – seul geste démonstratif de Spoerri – soustrait la scène à l’éphémère de la vie quotidienne. Dès lors, le spectateur est invité à observer frontalement et à distance ce à quoi, attablé, il n’aurait porté aucune attention.

La nourriture et sa consommation sont des thèmes chers à Spoerri, qui y voit l’expression du cycle de la vie. Ce Tableau-piège date de l’époque où il tient un restaurant à Düsseldorf. Il ouvre son établissement en 1968 avec l’envie d’observer ce qui conduit au désordre de la table. On atteste ici les traces « piégées » d’un repas pris le 6 décembre 1972 : mégots de cigarettes, fond de tasses à café, bouteille vide et couverts maculés ont été métamorphosés en une nature morte « pour la vie ». Ces objets sont par ailleurs collés sur une photocopie d’une image de vaisselle, nappe en trompe-l’œil qui interroge elle aussi la notion de représentation.

Bibliographie

Daniel Spoerri. Dai Tableaux-pièges agli Idoli di Prillwitz/From Tap-Pictures to Prillwitz Idols, cat. exp. Gênes, Museo d’Arte Contemporanea di Villa Croce, Milan, Silvana Editoriale, 2010.

Erika Billeter (dir.), Chefs-d’œuvre du Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne. Regard sur 150 tableaux, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, 1989, p. 300-301.

Catherine Lepdor, Patrick Schaefer et Jörg Zutter, Musée cantonal des Beaux-Arts Lausanne, Genève, Banque Paribas (Suisse) S. A., Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, 1998 (coll. Musées suisses, no 9), p. 113.