William Kentridge
Anti-Mercator, 2010-2011

  • William Kentridge (Johannesbourg, 1955)
  • Anti-Mercator, 2010-2011
  • Film HD transférée sur vidéo, n&b, avec son, 9’45’’, éd. 1/7
  • Acquisition 2019
  • Inv. 2019-074
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Né à Johannesbourg, Kentridge a été fortement marqué par le contexte politique et social de l’Afrique du Sud. Après des études de sciences politiques puis de dramaturgie, il commence à pratiquer le dessin au milieu des années 1970, développant ensuite un travail au fusain à partir duquel il réalisera ses premiers films d’animation. Les dessins successifs nécessaires à l’animation sont toujours exécutés sur la même feuille de papier : les traces d’effacement et de repentir et les nouveaux dessins sont ainsi visibles simultanément, reflétant la façon dont Kentridge pense le temps et l’histoire comme des processus non linéaires.

Anti-Mercator est l’une des œuvres créées par Kentridge comme préparation à l’installation The Refusal of Time réalisée pour la DOCUMENTA 13 à Cassel en 2012. Elle s’inscrit dans la recherche de l’artiste sur la conception du temps et la mesure de l’espace comme outils de modernité, mais également comme instruments de contrôle et de pouvoir. Le titre de l’œuvre renvoie à Gérard Mercator (1512-1594), inventeur de la projection cartographique qui porte son nom et auteur d’une carte indispensable aux navigateurs alors que l’Europe étend ses territoires, et toujours en usage aujourd’hui, bien qu’elle déforme la surface de différents pays, notamment africains.

Le cahier de notes de Kentridge remplit tout l’écran. Tantôt l’artiste le feuillette, tantôt il y dessine ou y écrit des phrases qui renvoient aux différentes conceptions du temps et de l’espace – du temps linéaire d’Isaac Newton à la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein. Un métronome bat la mesure, des voix se font entendre, la musique rythme les images, Kentridge lui-même apparaît à l’écran, marchant devant son carnet surdimensionné avant de se mettre à courir de toute ses forces à rebours des pages feuilletées à l’envers. Le film se clôt sur une fanfare qui défile en ombres chinoises devant le cahier, et sur un couple qui danse comme pour défier la gravité et donner un souffle nouveau au moment présent.

Bibliographie

Iwona Blazwick et Sabine Breitwieser (éd.), William Kentridge : Thick Time, cat. exp. Londres, Whitechapel Gallery, Salzburg, Museum der Moderne, Humlebaek, Louisiana Museum of Modern Art, Manchester, Whitworth Art Gallery, 2016.

William Kentridge et Rosalind C. Morris, That Which Is Not Drawn. Conversations, Calcutta, Seagull Books, 2014.

Peter L. Galison et William Kentridge, « The Refusal of Time », in Carolyn Christov-Bakargiev (éd.), dOCUMENTA (13) : The Book of Books, Ostfildern-Ruit, Hatje Cantz, 2012, p. 104-113.