Bibliographie
Elizabeth Ferrer (éd.), Lola Álvarez Bravo, cat. exp. New York, Aperture Foundation, Tucson, Center for Creative Photography, 2006.
Lauren Walden, « Lola Álvarez Bravo: Subverting Surrealist Photography in Mexico », Photography and Culture, n°1, vol. 16, mars 2023, p. 3-27.


Née dans l’État de Jalisco, Lola Álvarez Bravo joue un rôle central dans l’émergence de la modernité photographique qui se développe dans les années 1920 suite à la Révolution mexicaine. Elle se forme à la photographie auprès de son mari Manuel Álvarez Bravo (1902-2002). D’abord responsable des aspects techniques, notamment du développement en chambre noire, elle se procure rapidement son propre appareil. Elle obtient dès lors des commandes publiques et réalise de nombreux photoreportages pour la presse, ce qui lui permet d’affirmer progressivement son indépendance. Au cours des années 1940, l’esthétique d’Álvarez Bravo se précise et la photographie devient pour elle un véritable outil documentaire. Fidèle à certains thèmes récurrents, elle s’emploie à représenter la vie rurale, les communautés indigènes, l’urbanisation en plein essor et les femmes engagées dans les mouvements d’avant-garde.
Parallèlement à cette démarche documentaire, elle mène des recherches formelles qui se manifestent dans des œuvres telles que El sueño (Isabel Villaseñor en Tenacatita, Jalisco) [Le rêve (Isabel Villaseñor à Tenacatita, Jalisco)]. La sculptrice Isabel Villasenõr (1909-1953) y est représentée allongée sur un tronc d’arbre, les yeux clos. L’atmosphère onirique, renforcée par la large robe blanche et le titre évocateur, est contrebalancée par la rigueur de la composition. Celle-ci révèle non seulement l’attention d’Álvarez Bravo pour la physicalité de ses modèles mais aussi son intérêt pour la mise en scène des corps. Ce tirage s’inscrit par ailleurs dans un ensemble d’images constituant un répertoire de l’intelligentsia mexicaine et dans une vaste galerie de portraits de femmes ayant contribué au développement culturel du pays. Álvarez Bravo propose ainsi sa propre définition d’une « identité mexicaine », centrée sur les figures féminines.