Charles Gleyre
Femme turque (Dudo Narikos), 1840

  • Charles Gleyre (Chevilly, 1806 - Paris, 1874)
  • Femme turque (Dudo Narikos), 1840
  • Huile sur toile, 41 x 33 cm
  • Don Mathilde Gleyre, 1911
  • Inv. 1347
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

De retour à Paris en 1838 après un long périple méditerranéen au service de l’Américain John Lowell Jr., Gleyre mise sur la vogue de la peinture orientaliste pour se créer une clientèle. Il espère tirer des études qu’il a réalisées en tant que peintre-documentaliste le même profit qu’Eugène Delacroix, pour qui les carnets de croquis ramenés de son séjour au Maroc de 1832 constituent une source d’inspiration inépuisable. Cependant, le Suisse a été contraint de remettre tout le fruit de son travail à son commanditaire. Ses aquarelles et ses dessins ont été expédiés à Boston. Il n’obtiendra qu’en 1839 qu’elles traversent l’Atlantique, afin qu’il puisse reconstituer son répertoire de motifs exotiques, une tâche qui l’occupe presque toute l’année 1840.

Femme turque est exemplaire de l’utilisation que l’artiste entend faire de son matériau oriental. Il s’agit d’une réplique à l’huile d’après une aquarelle réalisée six ans plus tôt à Smyrne, où l’artiste et Lowell avaient séjourné en automne 1834. Comme son compatriote Jean-Étienne Liotard un siècle auparavant, Gleyre avait fait moisson sur place de portraits de personnalités locales, parmi lesquelles les sœurs Annetta et Dudo Narikos. Une comparaison avec l’aquarelle originale (Boston, Museum of Fine Arts) montre les efforts de l’artiste pour séduire le marché parisien. Bien sûr, Gleyre conserve la splendeur luxuriante du costume de son modèle, ses tresses entremêlées de roses et d’une passementerie de franges bleues. Mais alors que, sur l’original, Dudo se détachait devant un mur neutre, il ajoute ici une terrasse, un ciel bleu, la mer d’Égée et un minaret blanc. Un miroir et un éventail en plumes de paon, deux accessoires convenus du vocabulaire orientaliste, font aussi leur apparition. Demeure néanmoins inchangé ce qui fait le charme de ce portrait : le regard calme de la jeune femme, toute de réserve et de grâce.

Bibliographie

Elizabeth Fischer, « Le costume ne fait pas le modèle », in Catherine Lepdor (dir.), Charles Gleyre. Le génie de l’invention, cat. exp. Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Milan, 5 Continents Editions, 2006, p. 99-105.

William Hauptman, Charles Gleyre 1806-1874. I Life and Works. II Catalogue raisonné, Princeton, Princeton University Press et Zurich, Institut suisse pour l’étude de l’art, 1996.